Ce week-end, un retournement dramatique a eu lieu au Mali, avec les Touaregs indépendantistes et les forces djihadistes qui ont porté un coup sévère à la junte au pouvoir. Ce nouvel affrontement a plongé l'État malien dans l'incertitude, et les inquiétudes grandissent dans toute la région. Analyse.
Le 25 avril, une attaque orchestrée par les rebelles touaregs et le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), la branche locale d'Al-Qaïda, a fait replonger le Mali dans une situation similaire à celle de 2013, où l'État avait dû solliciter l’aide militaire française pour faire face à la montée des djihadistes. Treize ans plus tard, la situation sécuritaire suscite de vives interrogations à travers la sous-région, alors que les principaux dirigeants militaires semblent avoir disparu ou se sont tus.
Au petit matin, un offensive coordonnée a été lancée, avec les forces du Front de libération de l’Azawad (FLA) prenant Kidal, la capitale de l’Azawad, marquant un tournant dans la lutte pour le contrôle du nord du pays. En parallèle, les djihadistes ont également assiégé Gao, une ville stratégique qui servait autrefois de base à l’armée française.
Les affrontements se sont intensifiés avec des attaques à Mopti-Sévaré, un point névralgique avant d’atteindre Bamako, où des tensions soutenues apparaissent.
Le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué durant ces opérations, marquant un coup dur pour le gouvernement en place. Les forces russes, présentes dans le pays grâce à un accord controversé, ont quitté certaines positions.
Alors que la semaine s'achève, les flagellants d'opérateurs djihadistes ont clairement pris le contrôle du nord, et un état d'urgence a été décrété à Bamako. « L’État malien a abandonné son territoire au nord sans résistance, et sa situation globale est actuellement très confuse », exprime un analyste à Dakar.
Vers un gouvernement de transition ?
Les experts s’interrogent désormais : le GSIM peut-il réellement établir un contrôle durable sur un pays d'une telle envergure ? Un scénario de négociation avec les opposants politiques pourrait être envisagé pour former un gouvernement de transition, une solution jugée nécessaire par de nombreux analystes.
D’anciens alliés comme l'iman Dicko, figure respectée de l’islam malien, pourraient jouer un rôle clé dans ces négociations. Ce dernier a déjà évoqué le spectre d’un califat au Mali lors de discussions lors du dernier trimestre de l’année passée.
La communauté internationale, en particulier la France, surveille la situation de près. Récemment, Paris a signalé que la situation ne faisait qu’empirer, conduisant à une évacuation progressive de son personnel non essentiel. Selon les diplomates, la fracture sécuritaire risque de s’étendre au-delà des frontières maliennes, menaçant la stabilité de la région.
La question du Mali sera au cœur des discussions lors du prochain Sommet Africa Forward à Nairobi, prévu les 11 et 12 mai, soulignant l’urgence d’une réponse collective face à cette crise grandissante.







