Les résidents de Saint-Denis expriment leurs inquiétudes face à un racisme croissant, renforcé par l'élection du maire d'origine malienne Bally Bagayoko.
Les attaques haineuses dirigées contre Bally Bagayoko, le nouveau maire malien de Saint-Denis, résonnent fortement au sein de la communauté.
« Est-il vrai qu'il faut porter un voile pour aller à l'école ? », « Est-ce vraiment la ville des noirs et des Arabes ? » : des commentaires comme ceux-ci sont fréquemment rapportés par le personnel de la mairie de Saint-Denis, surtout depuis l'élection de Bally Bagayoko. Kelly Kidou, responsable de l'accueil municipal, déclare : « Nous avons franchi une étape dans l'expression des propos racistes, surtout depuis que certains usagers se sentent anonymes derrière leurs téléphones ». Ce type d'appels était rare pendant le mandat de l'ancien maire, Mathieu Hanotin.
Rassemblement contre le racisme samedi
À 52 ans, Bally Bagayoko, qui a débuté en politique en 2001, se retrouve souvent sous la menace de la haine. La semaine dernière, sa présence a été contestée sur CNews, provoquant des réactions de plusieurs parlementaires et organisations antiracistes, qui ont interpellé l'Arcom, l'autorité de régulation. En réponse, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé que le gouvernement venait de lui apporter son soutien et qu'il envisageait des « poursuites pénales » contre les responsables de ces commentaires.
Solidarité et esprit de corps
Tout près de la basilique de Saint-Denis, la vitrine de la librairie La P’tite Denise met en avant des auteurs africains et des ouvrages abordant l'immigration et les cultures diverses. Depuis le 13 mars, la ville célèbre sa 54e quinzaine antiraciste et solidaire. Damien, un libraire de 35 ans, note une montée du malaise depuis l'arrivée de Bally : « C'est un sujet brûlant parmi nos clients », dit-il. « Cela crée un sentiment de solidarité que nous n'aurions peut-être pas connu sans cette pression. »
Nous n'avons pas élu un singe, nous avons choisi un représentant qui répond à une réelle nécessité d'identité
Mohammed Ouaddane, président d'une association franco-marocaine, est outré par les attaques dont souffre le maire. Il souligne : « S'en prendre au maire, c'est s'en prendre à toute notre communauté. C'est d'une violence inouïe quand on dit : “Vous avez élu un singe !” Nous avons choisi un véritable représentant, car notre voix a souvent été négligée. » En évoquant sa détermination, il ajoute : « Nous luttons pour une France multiculturelle, une France qui se redéfinit et Saint-Denis en est le symbole. » Il participera samedi à un grand « rassemblement citoyen » contre le racisme et les discriminations, à l'initiative de Bally Bagayoko.
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