"Toute sa vie, il est passé entre les mailles du filet." Qui était réellement Alexandre Despallières, cet escroc exceptionnel et manipulateur hors pair, dont le nom est associé à une affaire d'intoxication au paracétamol ? Cet extrait du programme "Affaires sensibles" résonne comme une enquête sur l'une des affaires criminelles les plus intrigantes.
Sans le décès mystérieux de Peter Ikin en 2008, Despallières n'aurait probablement jamais été rattrapé par la justice. Ce jour-là, les pompiers et la police sont appelés à constater la mort d'un individu dans un hôtel parisien, à Montparnasse.
Le corps sans vie d'un homme fait surface. Un décès apparemment naturel... Pourtant, le défunt n'était pas n'importe qui. "C'est une figure emblématique du monde de la musique," précise Gaspard Dhellemmes, journaliste. Ancien vice-président de Warner et producteur d'artistes de renommée mondiale, il jouissait d'une fortune considérable, supérieure à 20 millions d'euros.
Un jeune veuf éploré
À ses côtés, inconsolable, un jeune homme, Despallières, pleure la perte. Il venait d'hériter de Peter Ikin, son époux de vingt ans son aîné, qu'il avait épousé un mois auparavant. Leur relation, commencée dans les années 90, avait pris une tournure romantique qui semblerait idéale aux yeux des observateurs.
Cependant, après près de 20 ans, Alexandre a quitté la Californie pour retrouver son ancien amour, affirmant porter un lourd secret. Ce secret, Peter l'avait partagé avec Simon Burke, un ami proche, évoquant des problèmes de santé critiques. Alexandre revenait prétendument pour passer ses derniers moments avec Peter, prétendant toujours l'aimer.
Un week-end à Paris aux allures de guet-apens
Quatre mois plus tard, en octobre 2008, le couple formalise son union à Londres par un civil partnership. En prévision d'une rencontre à Paris, Peter ressent une malaise immédiat à son arrivée dans l'hôtel, peu familier avec un tel cadre. Moins d'un an auparavant, il se battait avec une carrière impressionnante, il se retrouve maintenant dans un parcours inattendu.
Marion Grégoire, l'avocate de Peter, évoque les nombreux allers-retours à l'hôpital, suite à des chutes et des troubles physiques. Les résultats des médecins à La Salpêtrière le 11 novembre sont alarmants : son état est critique.
Une "intoxication majeure" au paracétamol
Le diagnostic révèle une intoxication au paracétamol. Dans la nuit du 11 au 12 novembre, son niveau sanguin révèle une intoxication sévère. Comment a-t-il pu sortir de l'hôpital dans un tel état ? Alexandre, signant une décharge, l'a ramené à l'hôtel, où son décès sera constaté le lendemain.
Bien que l'autopsie ait conclu à une mort naturelle due à une pathologie cardiaque, des ayants droit australiens ont demandé une contre-expertise. Ce dernier examen a révélé un taux mortel de paracétamol et, ce qui est encore plus troublant, une augmentation de la concentration en substances toxiques entre sa sortie de l'hôpital et son décès, ce qui laisse supposer une remise en cause des circonstances de son dernier séjour.
Un ultime coup de théâtre
Est-ce Alexandre qui a administré le paracétamol à Peter ? L'ouverture d'une enquête criminelle était inévitable. Dix-huit mois plus tard, Despallières est mis en examen pour assassinat, faux et usage de faux, après avoir falsifié un testament. Le 8 juin 2010, Alexandre est arrêté, mais le procès semble se perdre dans les méandres de la justice. En juin 2022, la cour d'assises de Paris devait finalement éclaircir cette affaire, mais Alexandre Despallières est décédé six mois auparavant, non pas à cause du sida ou de tumeurs hypothétiques, mais du Covid-19.
Tout en regrettant que cet homme ait échappé à la justice, Me Grégoire a souligné qu'"il a toujours su passer entre les mailles du filet". Soupçonné de plusieurs empoisonnements, y compris celui de ses propres parents, Alexandre, malgré une vie d'escroqueries, est mort officiellement innocent.
Extrait de "Les mille vies d'Alexandre Despallières", diffusé le 1er mars 2026 dans "Affaires sensibles", une coproduction France Télévisions, France Inter et l’INA, inspiré d'une émission de France Inter.
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