L'ex-journaliste d’investigation Jean-Baptiste Rivoire a été condamné aujourd'hui par la cour d’appel de Versailles à verser 142 500 euros à son ancien employeur, Canal +, pour avoir enfreint une clause de confidentialité lors d’une interview dans un documentaire publié par Reporters sans frontières (RSF) en 2021. Ce dernier a exprimé son intention d'interjeter appel devant la Cour de cassation.
Dans un article sur son site Off Investigation, Rivoire déplore : « Pour avoir prononcé quelques mots dans un documentaire de RSF, je vais devoir verser 142 500 euros à Canal + ». Cette sanction soulève des interrogations sur la protection des journalistes face aux grandes entreprises.
En fin d'année 2021, Rivoire avait exprimé des critiques envers la direction du groupe Canal + et son propriétaire, Vincent Bolloré, dans une interview accordée à Reporters sans frontières. L'ONG a depuis qualifié la décision de la cour d’appel de Versailles de « dangereux précédent pour le métier de journaliste », soulignant que cela place la réputation d'une entreprise au-dessus du droit du public à une information libre et éclairée.
La cour a justifié sa décision en affirmant que Rivoire avait parlée d'une manière « déraisonnable » peu après la signature de la clause de confidentialité, qui remontait à février 2021 alors que le documentaire a été diffusé en octobre de la même année. Toutefois, la cour reconnaît que le propos qualifié de dénigrement s’inscrit dans un mouvement critique beaucoup plus vaste, exacerbée par la suppression des Guignols de l’info.
Une menace pour la liberté d’expression
Auparavant, Rivoire avait été condamné à 151 500 euros en première instance par le conseil des prud’hommes de Boulogne-Billancourt. L’avocat de Rivoire, Me Vincent Brengarth, a commenté en disant que cet arrêt ne tient pas compte de l'impact que cette clause de confidentialité a sur la liberté d'expression, la qualifiant d'une clause de type bâillon. Selon lui, cela fragilise nettement la liberté de la presse.
Rivoire a aussi noté que cette décision arrive dans un contexte particulier : plus de 600 professionnels du cinéma — réalisateurs, acteurs comme Juliette Binoche et Adèle Haenel — ont récemment signé une tribune protestant contre l'influence croissante de l'extrême droite dans l'industrie cinématographique française, au travers de Vincent Bolloré. Le PDG de Canal +, Maxime Saada, a déclaré qu'il ne souhaitait plus collaborer avec les artistes signataires de cette tribune. Cet acte renforce l'idée que la critique envers les grandes entreprises peut entraîner des conséquences graves pour les journalistes.







