Ce domaine, selon les industriels, était quasiment inexistant il y a moins de cinq ans. Les drones intercepteurs de drones sont désormais en première ligne, offrant des réponses économiques aux défis de la défense aérienne. Déjà expérimentés en Ukraine et au Moyen-Orient, ces dispositifs sont encore en phase de perfectionnement, comme l'indique Harmattan AI, l'une des entreprises pionnières dans ce secteur. "Nous voyons beaucoup d’intérêts pour ces technologies", note un de ses dirigeants.
À Eurosatory, la visibilité de ces entreprises a considérablement augmenté par rapport à la dernière édition. "Notre présence était limitée précédemment, mais aujourd'hui, il y a une demande croissante", se souvient un dirigeant avec le sourire.
"Il y a une vraie urgence opérationnelle reconnue, et tout le monde demande à voir une démonstration de nos capacités", souligne un acteur du marché.
Des entreprises en pleine croissance
Les drones intercepteurs se déclinent en deux catégories : certains sont équipés d’une charge explosive, d'autres reposent sur l'impact pour neutraliser la menace. Ces appareils peuvent atteindre des vitesses de 400 km/h et couvrir des distances impressionnantes. Face à un besoin accru, les entreprises recrutent à un rythme soutenu.
Harmattan AI, qui comptait 20 salariés au début de l'année, prévoit d'atteindre 500 employés d'ici décembre. Pour Alta Ares, qui a récemment levé des fonds, l'objectif est de passer de 30 à 80 employés rapidement. De son côté, DSV, fondée en 2024, a déjà 10 employés et prévoit un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros d'ici 2026, grâce à une commande des armées françaises.

Maxime Lecchi, à la tête d'Asterodyn, souligne que ce secteur est en pleine expansion, notamment face à une recrudescence des menaces à bas coût. "C'est un marché en plein développement", affirme-t-il.
Asterodyn, bien qu'une jeune entreprise dans le domaine de la défense, est déjà dotée d'une expertise solide acquise avec RedBull pour filmer des performances sportives extrêmes. "Nous avons su adapter cette technologie à la lutte anti-drones", explique Lecchi.
"C'est une capacité qui n'existait pas avant, et les perspectives sont très positives", conclut Valentin Grel, chef opérateur chez Alta Ares.
Les acteurs comme Rift, dont le système de drone intercepteur est monté sur un drone à voilure fixe, étoffent également leurs offres. Leur technologie a été présentée aux forces armées françaises.
Défis réglementaires et attentes
Bien que la technologie avance, les entreprises font face à des défis réglementaires. L'obtention d'autorisations de vol en France est un véritable parcours du combattant, et certains industriels expriment leur frustration face à cette situation. "Les démarches sont longues et les règles floues", déplorent-ils.
Les commandes, bien que nécessaires, prennent du temps à se concrétiser. La Direction générale de l’armement, chargée des programmes de défense, est parfois jugée trop prudente dans ses décisions. Un appel d'offres pour 1.000 drones intercepteurs, nommé Elisa, pourrait toutefois donner un coup de fouet à ces jeunes entreprises.

Face à la menace croissante des drones, l'armée a dû s’adapter rapidement pour protéger ses alliés du Golfe. Les frappes de drones iraniennes ont suscité une inquiétude, rendant nécessaires des réponses économiques mais efficaces. "Nous voulons rétablir la balance des coûts pour ne pas devoir utiliser des missiles coûteux contre des drones low-costs", note la direction d’Harmattan AI.
La loi de programmation militaire pourrait également ouvrir la voie à des entreprises privées pour sécuriser les zones vulnérables. Avec l'augmentation des incidents impliquant des drones, des discussions sont en cours avec des acteurs comme la gendarmerie et des aéroports, bien que les entreprises restent discrètes sur le sujet.







