Les cieux gris de Barcelone, le 16 juin 2026, semblent refléter le sentiment de profonde inquiétude qui règne au sein de la communauté juive. Les événements du 7 octobre 2023 ont exacerbé une situation déjà tendue, liant brutalement le souvenir du passé à des actes de violence contemporaine. Rafaël, un membre de la communauté, exprime son désespoir : "Depuis que la guerre a éclaté, il ne fait plus bon d'être juif ici. La peur s'est installée et la vie est devenue un véritable combat".
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon l'Observatoire de la Federación de Comunidades Judías de España (FCJE), le nombre d'incidents antisémites a considérablement augmenté, passant de 37 en 2022 à 193 en 2024. Cette flambée est largement attribuée aux mouvements politiques d'extrême gauche qui ont pris des positions virulentes contre Israël.
Une explosion des incidents après le 7 octobre 2023
Maria Royo, directrice de la communication à la FCJE, souligne que Barcelone est devenue l'une des villes affichant le taux d'antisémitisme le plus élevé en Espagne. Dégradations de cimetières, affichages publics de haine, et menaces contre des commerces sont devenus presque quotidiens. "On ferme nos boutiques par peur d'attaques. Qui aurait cru que, des siècles après, la haine renaîtrait aussi violemment?" se plaint un épicier juif. En effet, l'Espagne, bien qu'elle compte une des plus petites communautés juives d'Europe, connaît un phénomène inquiétant : la persistance des stéréotypes antisémites.
L'antisémitisme sans juifs
Alejandro Baer, sociologue, explique ce paradoxe dans son livre. Il parle d'un "préjugé sans objet" dominant le paysage espagnol, permettant à des mythes et fantasmes antisémites de proliférer. "L'idée du Juif devient alors un symbole de tout ce qui est haï, une figure abstraite", dit-il. De plus, Rafaël confie que l'anonymat croissant de la communauté ne fait qu'aggraver la méfiance. "Nous avons peur de montrer nos identités, une kippa est presque devenue un symbole de danger".
Des groupes de soutien en ligne
Pour contrer cette montée de l'agression, Emmett, un jeune juif de Barcelone, a créé un groupe WhatsApp pour partager des informations et s'entraider. Néanmoins, ces outils numériques présentent aussi leurs pièges. Certains groupes se révèlent en fait être des leurres créés par des personnes malveillantes. Pourtant, les échanges entre membres de la communauté apportent un semblant de sécurité, même si beaucoup envisagent déjà de quitter la ville.
"Il est triste de voir que Barcelone, une ville si belle, devient un endroit où l’on ressent de plus en plus la haine", conclut Lylah, qui a choisi de rester pour le bien de ses enfants mais vit chaque jour avec l'incertitude. "Il devient difficile d'imaginer un futur serein ici pour nous".
L'indifférence d'un débat public enflammé
Le récent activisme autour du drapeau palestinien, notamment lors d'événements sportifs, a exacerbé les tensions. Rafaël déclare : "La défense des droits des Palestiniens se transforme souvent en un rejet de l'identité juive. Les critiques légitimes se transforment en discours de haine qui suscite une véritable souffrance au sein de notre communauté".
Tandis que certains, comme Emmett, veulent s'exprimer, il retient : "En Espagne, dire que l’on est juif peut devenir un motif d’attaque. Beaucoup associent immédiatement le mot 'juif' à Israël, puis, à Israël comme un État génocidaire". La crainte sourde se fait de plus en plus pressante, perdurant dans l’ombre de l’évolution politique et sociale d’une nation en proie à ses propres contradictions.
*Les prénoms ont été modifiés.







