Des camions transportant de l'uranium enrichi sillonnent les routes glacées du Kazakhstan oriental, se préparant à charger leur précieuse cargaison dans des avions cargo pour un long trajet de 10.000 kilomètres. Le projet Sapphire, mené par les États-Unis dans cette ex-république soviétique, vise à ramener aux États-Unis un stock de 600 kilogrammes d'uranium enrichi, abandonné à la suite de l'effondrement de l'Union Soviétique, tout en empêchant que cette matière ne tombe entre de mauvaises mains.
Cette mission secrète semble inspirer Donald Trump. Rappelons qu'en avril, le président américain a déclaré que l'uranium enrichi stocké par l'Iran serait "rapporté aux États-Unis sous peu". "On va avoir besoin des plus grosses pelleteuses que vous puissiez imaginer", a-t-il déclaré devant des partisans. Toutefois, Téhéran a rapidement démenti ces affirmations.
Andrew Weber, ancien premier secrétaire de l'ambassade américaine au Kazakhstan au début des années 1990, est celui qui a découvert le stock d'uranium soviétique. Dans une interview accordée à BFM Business, il revient sur le contexte et le déroulé de cette opération.
Un mécanicien qui veut vendre de l'uranium
Lorsque Weber arrive dans ce pays fraîchement indépendant, il est frappé par la situation économique précaire et les conséquences des essais nucléaires soviétiques. Noursoultan Nazarbaïev, alors président, met en œuvre une politique de non-prolifération nucléaire, proposant de contrôler le quatrième inventaire d'armes nucléaires mondial.
Au cours de son séjour, Weber fait la connaissance de Slava, un mécanicien qui lui parle d'un mystérieux contact, Vitaly Mette, directeur d'une usine métallurgique, prêt à discuter de l'achat d'uranium. Après une série de négociations, les informations commencent à converger.
"Oh mon dieu, c'est suffisant pour fabriquer tant de bombes"
Après plusieurs mois de discussions, Mette finit par fournir à Weber un document indiquant des niveaux d'enrichissement inquiétants. Une fois sur place, une visite secrète révèle que l'uranium est effectivement enrichi à 90%, un seuil critique concernant les capacités nucléaires, comme le rapporte l'expert.
"Il était écrit 'U-235 90% 600 kilogrammes'. J'ai mis le papier dans ma poche et je me suis dit, 'oh mon dieu, c'est suffisant pour fabriquer tant de bombes'".
Les inquiétudes sont d'autant plus justifiées, car la Corée du Nord et d'autres pays, y compris l'Iran, cherchent également à se procurer de l'uranium enrichi.
Un trajet risqué vers l'aéroport
Un lourd déploiement logistique suit, avec l'arrivée de troupes américaines prêtes à sécuriser le transport de l'uranium vers l'aéroport d'Oskemen. Les conditions de sécurité sont rudimentaires: des camions non armés sillonnent des routes peu sécurisées, risquant de tomber sur des groupes criminels.
"L’uranium a été déplacé dans des camions vers l’aéroport sur des routes gelées pendant une nuit noire. J’étais très inquiet".
Une fois l'uranium récupéré, il est mélangé à de l'uranium appauvri pour un usage civil, et un montant de 30 millions de dollars est versé au Kazakhstan pour faciliter l'opération.
Une opération identique en Iran?
Alors, une opération similaire pourrait-elle être envisagée en Iran? Andrew Weber met en garde: cela nécessiterait un déploiement de forces important et exposerait les troupes à de potentiels attaques iraniennes. Actuellement, selon l'AIEA, l'Iran dispose d'environ 440 kilogrammes d'uranium hautement enrichi, une situation qui reste sous haute tension internationale.







