Une nouvelle forme de criminalité émerge à Sevran, où une équipe autrefois dédiée au trafic de stupéfiants s'est tournée vers les escroqueries numériques. Grâce à des cartes SIM dérobées dans les postes de relevage de compagnies des eaux, cette bande a mis en place une escroquerie de grande envergure connue sous le nom de "fraude au allô".
Quatre individus âgés de 19 à 25 ans ont été inculpés le 14 mars dernier à Bobigny, pour escroquerie en bande organisée. Ce groupe, originaire de Sevran, a été soupçonné d'avoir volé de nombreuses cartes SIM destinées à des systèmes de régulation d’eau, permettant ainsi la réalisation d’arnaques par appel téléphonique. Le préjudice total, touchant différentes collectivités des Hauts-de-Seine, est en cours d'évaluation et pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros, dont près de 500 000 euros pour le seul groupe Saur.
Tout a commencé le 2 décembre 2025, lorsque les représentants de la Saur se sont rendus au commissariat d’Issy-les-Moulineaux, signalant des vols de cartes SIM en série. Ces cartes, essentielles au fonctionnement des automates de supervision des stations d’épuration, étaient facilement accessibles et dérobées avec peu de difficulté. Les criminels n'ont pas hésité à forcer les accès des infrastructures pour s'emparer des précieuses puces.
Comptes bancaires entièrement vidés
Les cartes SIM volées, de type M2M, possédaient une capacité d'émission de messages très élevée. "Elles ont été utilisées dans des campagnes d’hameçonnage", révèle une source proche de l’enquête. Après un SMS envoyé à la victime, un prétendu conseiller bancaire la contacte, feignant une urgence pour dérober informations sensibles comme l’IBAN. Le résultat est alarmant : de nombreuses victimes ont vu leurs comptes entièrement vidés, avec des pertes estimées pour Saur à plus de 410 000 euros en frais de communication liés au volume anormal de messages. Ces cartes ont émis plus de 582 847 SMS en un jour, confirmant ainsi l'existence d'une logistique complexe derrière cette opération.
Les enquêteurs, mobilisés après la plainte de Saur, ont orienté leurs investigations vers une famille bien connue de Sevran, déjà signalée pour des activités liées au trafic de drogue. L’analyse des caméras de surveillance a été cruciale, permettant d’identifier des suspects liés à des actes d’escroquerie antérieurs. Ils ont finalement arrêté quatre individus lors d’opérations aux alentours du 10 mars à Sevran et ses environs.
Quatre suspects interpellés en Seine-Saint-Denis
Lors des arrestations, les forces de l’ordre ont trouvé des équipements techniques utilisés dans les escroqueries, ainsi que la somme de 7 500 euros. Un suspect a reconnu son rôle logistique dans l’opération, alors que ses complices ont exprimé des craintes de représailles. La prolifération de ce type d’arnaque est exacerbée par l’essor des technologies connectées, qui deviennent des cibles privilégiées.
Les cartes SIM destinées à l’Internet des objets, avec leur large bande passante et les capacités de roaming, ont souvent été infiltrées par ces criminels. La police judiciaire a mis en avant que ces nouvelles technologies offrent des opportunités aux acteurs malveillants, échangeant les exigences matérielles de la criminalité contre des systèmes techniques sophistiqués.
Une criminalité plus efficace et plus difficile à détecter
La combinaison de l’intelligence artificielle avec l’Internet des objets représente désormais un véritable atout pour le crime organisé, qui peut automatiser ses procédés et ajuster ses opérations en temps réel. Les forces de l'ordre, prises de court par l’ampleur de ce phénomène, se voient confrontées à un défi de taille. La police judiciaire a déjà lancé des alertes concernant ce type de vol, révélant ainsi l’urgence de renforcer la sécurité autour des infrastructures dotées de technologie connectée.







