Jeudi, la cour d'appel de Paris a condamné Air France et Airbus pour homicide involontaire dans le cadre du tragique crash du vol Rio-Paris en 2009. Cet événement reste le plus meurtrier dans l'histoire de l'aviation française, ayant coûté la vie à 228 personnes.
Dix-sept années de procédures judiciaires ont abouti à cette décision, laquelle a vu les deux entreprises, initialement relaxées, recevoir une sanction de 225.000 euros d'amende. Bien que cette peine soit surtout symbolique, elle porte un coup dur à leur réputation.
Lors du jugement, la présidente Sylvie Madec a souligné que le tribunal de première instance avait échoué à reconnaître la "chaîne causale" reliant les actions des pilotes à la tragédie. La cour d'appel, en revanche, a établi que le crash de l’A330 d’Air France ne peut être compris qu'au travers d’un processus d’accumulation de fautes de la part des deux sociétés, confirmant ainsi leur responsabilité pénale.
En première instance, bien qu’Air France et Airbus aient été relaxés sur le plan pénal, la cour d’appel a mis en lumière que des témérités et des négligences cumulées avaient causé cette catastrophe, un constat fortement critiqué par les avocats des entreprises. "Cette décision ne repose pas sur la justice, mais répond à des enjeux extérieurs," a déclaré l’un des avocats d’Airbus, Simone Ndiaye.
Danièle Lamy, présidente de l'association Entraide et Solidarité AF447, a salué ce jugement, affirmant qu'il représente un tournant dans la gestion de la sécurité aérienne. "Pour la première fois, des multinationales sont tenues responsables, plaçant la sécurité au-dessus de considérations économiques," a-t-elle déclaré.
Le crash du 1er juin 2009, survenu en pleine nuit, a fait 216 passagers et 12 membres d’équipage, représentant 33 nationalités, dont 72 Français et 58 Brésiliens. Les boîtes noires ont enregistré que le phénomène de givrage des sondes de vitesse Pitot était à l’origine de l’accident, se produisant dans une zone météorologique difficile.
La cour d’appel a également reproché à Airbus d’avoir négligé la gravité des défaillances de ses équipements, et à Air France d’avoir manqué à offrir des formations adéquates à ses pilotes. Bien que les représentants d’Airbus aient tenté de faire valoir que les choix effectués par l’équipage durant la crise étaient erratiques, ils n'ont pas pu convaincre les juges de leur innocence.
La présidente a finalement noté que les pilotes de l’AF447 avaient fait tout leur possible dans des circonstances désespérées. "Ils n’avaient rien à se reprocher," a-t-elle conclu. Cette condamnation, tout en remettant en question certaines pratiques de sécurité, n’entame cependant pas la réputation d’expertise d’Air France et d’Airbus dans le domaine aéronautique.







