"Enfant, je me souviens des longs trajets où nettoyer le pare-brise était incontournable," se remémore Marjorie, automobiliste de 53 ans. Comme de nombreux conducteurs, elle a constaté la diminution notable du nombre d'insectes s'écrasant sur son véhicule au fil des années.
Pour participer à ce phénomène alarmant, elle a opté pour l'application BugsMatter, une initiative de science participative lancée récemment. Ce programme permet aux automobilistes de compter le nombre d'insectes écrasés sur leur plaque d'immatriculation après un trajet.
Marjorie nous convie dans sa voiture : "Nous allons faire notre première course à Enghien-les-Bains, juste au nord de Paris, pour tester l'application avant nos vacances. Je vais d'abord nettoyer ma plaque, comme recommandé, puis inscrire ma position dans l'application."
- "Collecter des données sans s'en apercevoir" -
En s'impliquant, Marjorie contribue à l'initiative "Les insectes, ça compte !" dirigée par Vigie-Nature, la branche de sciences participatives du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN). Ce projet émerge face à la grave réduction des populations d'insectes, constatée dans plusieurs régions d'Europe, et est co-organisé par le MNHN, l'Office français de la biodiversité ainsi que des associations telles qu'Opie et Noé.
Une étude marquante publiée en 2017 dans PLOS One a révélé une chute de 75% de la biomasse insecte sur 27 ans dans des zones protégées d'Allemagne. "Imaginez entrer dans un supermarché et ne voir que deux produits sur dix," compare Grégoire Loïs, directeur adjoint du MNHN.
Il souligne que cette méthode de recensement participatif, déjà utilisée au Royaume-Uni depuis 2021, trouve facilement sa place en France grâce à son accessibilité. "Nos programmes demandent habituellement un engagement plus long, celui-ci est ouvert à tous ceux qui possèdent une voiture," ajoute-t-il. "En conduisant, chaque participant contribue sans s'en rendre compte, car l'impact sur les insectes est inévitable."
Les données collectées permettront d’analyser le déclin des insectes et d'observer les variations selon les types d'environnement traversés : zones urbaines, forêts, espaces agricoles.
- "Un signal très fort" -
Ce programme agit comme un moyen de mesurer le phénomène du "syndrome du pare-brise" à travers les plaques d'immatriculation, élément standardisé sur les véhicules, comme l'explique le scientifique.
Après un trajet de 22 km sur autoroute, Marjorie se surprend de ne rien trouver sur sa plaque. "Cela va permettre d'alerter sur la réelle perte d'insectes en Île-de-France," dit-elle, espérant que cet effort éveillera les consciences, et qu'elle se souviendra d'utiliser l'application à chaque déplacement.
"Tous les trajets, peu importe le moment de la journée, apportent des informations. Même s'il n'y a rien sur la plaque, cela reste essentiel," rappelle Grégoire Loïs à l'AFP.
Il ajoute qu'il est crucial de transmettre les résultats, même s'ils sont nuls : "Un voyage de 60 km en milieu rural sans insectes, c'est un signal alarmant sur la santé de l'environnement."
Si la collecte de données est fructueuse, le MNHN envisage de récupérer des échantillons d'insectes écrasés afin de les identifier grâce à leur ADN, permettant une analyse plus approfondie de la faune rencontrée sur les routes.







