Nicolas Sarkozy fait son retour, mercredi, à la barre au procès relatif au financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, où il est attendu pour clarifier les accusations portées par son ancien collaborateur Claude Guéant.
Malgré son absence due à des problèmes de santé, Guéant, ancien secrétaire général de l'Élysée, a été mis en cause par Sarkozy, qui a insinué que son ancien bras droit, bien que "remarquable", pourrait avoir été impliqué dans des intentions d'enrichissement personnel. Des déclarations qui ont fait l'effet d'une onde de choc au sein de l'audience, laissant planer des ombres sur leur collaboration passée.
Guéant, âgé de 81 ans, a réagi par des attestations formelles qui, sans le désigner explicitement comme complice, contredisent les affirmations de Sarkozy et semblent faire voler en éclats leur image d'alliance inébranlable. En tant que figure clé dans l'ascension de Sarkozy à l'Élysée, il soutient qu'il n'a fait que "suivre (les) instructions" de son ancien chef.
Ce procès, programmé pour se conclure fin mai avant une décision en novembre, représente un enjeu majeur pour Sarkozy, affectant à la fois son honneur en tant qu'ex-président et sa liberté personnelle. Rappelons qu'il a déjà purgé 20 jours de détention après avoir été condamné à cinq ans de prison pour des accusations d'association de malfaiteurs.
Il a été reconnu coupable d'avoir permis à Guéant et à son ami Brice Hortefeux d'évoquer un financement occulte auprès des autorités libyennes, allégations qu'ils continuent de contester.
Pour leur part, les Libyens auraient exigé des contreparties, qui incluraient des échanges diplomatiques, économiques, ainsi qu'un examen du statut judiciaire d'Abdallah Senoussi, N.2 du régime de Kadhafi, visé par un mandat d'arrêt international pour des crimes terrifiants.
Les débats se concentreront sans doute sur Senoussi lors de cette cinquième journée d'interrogatoire. Sarkozy est-il intervenu, comme le suggère Guéant, à la demande de Kadhafi, pour discuter du sort d'un terroriste reconnu après un dîner formel à Tripoli en 2007 ?
D'un côté, Guéant affirme que Sarkozy était bien informé de cette réunion, tandis que Sarkozy, se défendant, affirme qu'aucune de ces discussions ne lui a été signalée.
Dans un autre aspect de l'affaire, une réunion en Libye en 2005, impliquant des avocats proches de Sarkozy, soulève des interrogations quant à son implication dans le dossier Senoussi. Beaucoup parmi les enquêteurs sont convaincus que cette rencontre précède une corruption révélée lors d'un voyage officiel.
Enfin, Guéant soutient que Sarkozy était "forcément au courant" de ses voyages en Libye entre 2008 et 2010, entreprises à sa demande pour des raisons diplomatiques. Les souvenirs de Sarkozy à cet égard semblent flous, mais il réaffirme qu'aucun engagement n’a été pris envers Senoussi.
Guéant défend son approche, expliquant que toute information sur Senoussi a été gérée avec prudence pour ne pas perturber les relations diplomatiques.
Pour l'instant, l'avocat de Guéant, Me Philippe Bouchez El Ghozi, refuse de commenter la situation, tout comme l'entourage de Nicolas Sarkozy.







