La famille de Robert Boulin, ancien ministre français, a exprimé son inquiétude quant à l'avancée de l'enquête sur sa mort suspecte en 1979, soulignant que le dossier sera bientôt pris en charge par le pôle "cold cases" de Nanterre, une situation jugée comme une "course contre la montre".
"C'est une course-poursuite car de nombreux témoins s'éteignent", a déclaré Me Didier Seban, avocat de la famille, lors d'une récente conférence de presse. La crainte de voir disparaître les acteurs clés de cette affaire est palpable.
Le processus de transfert de l'enquête au pôle national des crimes non élucidés (PCSNE), conformément aux recommandations du parquet de Versailles, a conduit Me Seban à exiger une résolution dans un délai de 18 mois, avant le 50e anniversaire du drame en 2029.
Le corps de Robert Boulin a été découvert dans un étang de Rambouillet le 30 octobre 1979. Figure gaulliste, il était alors perçu comme un potentiel Premier ministre prônant une alternative à l'ultracapitalisme, selon sa fille Fabienne Boulin-Burgeat.
Bien que la justice ait conclut à un suicide, la famille soutient la théorie d'un "assassinat politique", s’inscrivant dans un contexte sociopolitique marqué par la violence, sous le mandat de Valéry Giscard d'Estaing, où plusieurs ministres ont perdu la vie dans des circonstances tragiques.
Pour soutenir cette hypothèse, la famille souligne l'implication possible du Service d'action civique (SAC), une structure controversée liée à l'époque gaulliste. Fabienne Boulin-Burgeat évoque les déclarations d'un témoin faisant mention de Pierre Debizet, alors responsable du SAC.
"Les véritables responsables de la mort de mon père ont déployé tous leurs efforts pour présenter cela comme un suicide. Cette affaire est entachée par une volonté de dissimulation", a précisé sa fille. Elle évoque une décennie de "peur au ventre" et dépeint cette affaire comme une "catastrophe judiciaire" digne d'un roman policier.
Les défaillances de l'enquête initiale sont alarmantes. Un message d'adieu jugé "absurde" n'a jamais été expertisé, tandis que la machine à écrire de Boulin a été manipulée pendant une semaine avant d'être scellée par la police. De plus, une coupure profonde sur son poignet n'a jamais été examinée, cachée par un bracelet au moment de l'autopsie.
De nombreuses pièces du dossier ont mystérieusement disparu, tandis que d'autres ont été détruites. Me Seban réclame une nouvelle autopsie, convaincu que l'analyse des os peut révéler des preuves d'une non-noyade pour cet homme retrouvé avec le visage "totalement ensanglanté".
L'avocat a également lancé un appel à Emmanuel Macron pour déclassifier les archives nationales, tout en exigeant de la CIA un rapport qui a été expurgé jusqu'à présent.
"C'est une lutte pour la République", a martelé Fabienne Boulin-Burgeat. "Je ne veux pas que la justice française perde tout crédit dans cette affaire".







