Une élection décisive pour l'avenir de l'intercommunalité
Un mois après avoir pris la mairie de Saint-Denis des mains du Parti socialiste, l’insoumis Bally Bagayoko se prépare à briguer, ce mardi, la présidence de l'une des plus influentes intercommunalités de la région parisienne. Cet affrontement s'annonce particulièrement décisif, puisque son rival in extremis, Karim Bouamrane, actuel maire de Saint-Ouen, a décidé de s'investir dans cette lutte.
Depuis la récente élection, où il est devenu le maire de la deuxième plus grande ville d'Île-de-France après Paris, Bagayoko était considéré comme le candidat unique à la présidence de Plaine Commune, un établissement public territorial créé il y a dix ans et qui regroupe 460.000 habitants, soutiennent Les Échos.
Le vote au Conseil territorial est prévu à 18H00 et les enjeux sont de taille. Bouamrane a récemment exprimé ses inquiétudes concernant l'éventuelle présidence de Bagayoko, craignant que Jean-Luc Mélenchon n'utilise cette institution pour promouvoir sa vision en vue de la présidentielle de 2027.
Plaine Commune regroupe plusieurs villes de Seine-Saint-Denis, dont Saint-Denis et Saint-Ouen, qui sont majoritairement dirigées par des maires de gauche, avec une exception notable : Épinay-sur-Seine, dirigée par un édile de droite. "Est-il justifiable que le maire de la plus grande ville ait sa légitimité remise en question ?" a réagi Bagayoko, remettant en cause les propos de Bouamrane, qui étaient silenciés lorsque son prédécesseur socialiste occupait le poste.
Dans une vidéo diffusée le week-end dernier, Bagayoko a réaffirmé son engagement envers une gouvernance "partagée" et "respectueuse" des différentes collectivités. Son soutien grandissant, notamment celui du nouveau maire d'Aubervilliers, Sofienne Karroumi, souligne l'importance de l'union de la gauche pour ce scrutin. Karroumi a fait valoir une "responsabilité particulière" dans un climat politique complexe et fragmenté.
Des figures locales se sont mobilisées en faveur de Bagayoko, y compris le maire écologiste de L'Île-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly, et le leader communiste de Stains, Azzedine Taïbi, qui perçoivent la candidature LFI comme une chance d’apporter un changement positif à la gouvernance de Plaine Commune.
En revanche, Bouamrane insiste sur l'importance de trouver un compromis au sein des forces de gauche, menaçant même de retirer plus de 26 millions d'euros de contributions financières de Saint-Ouen à Plaine Commune si Bagayoko accède à la présidence. "Nous devons éviter d'effrayer les investisseurs", a également souligné Hervé Chevreau, maire centriste d'Épinay-sur-Seine.
Bagayoko, en réponse à ces menaces, a affirmé que l'EPT ne doit pas être utilisé comme une plateforme politique au service exclusif de LFI. "Je suis pour une collaboration avec tous, y compris le maire de droite", a-t-il martelé. En fin de compte, les analystes s’interrogent : cette élection marquera-t-elle un tournant pour l’avenir politique de l’intercommunalité ? Une chose est certaine : les rapports de force en place s’annoncent serrés et déterminants pour la suite.







