Chroniqueur sur CNews jusqu'à début janvier, Philippe Bilger publie ce jeudi un ouvrage où il met en cause la "pensée unique" et le fonctionnement qu'il estime "totalitaire" de la chaîne, en décalage avec la proposition de "liberté d'expression" qu'elle met en avant sur ses écrans.
Dans un entretien accordé à l'AFP avant la sortie de son livre intitulé L'heure des crocs (éditions l'Archipel), Bilger affirme : "CNews n'est pas en position de donner des leçons de pluralisme et de liberté intellectuelle".
Le titre de son livre fait référence à l'émission L'heure des pros, animée par Pascal Praud, figure emblématique de la chaîne, appartenant au milliardaire Vincent Bolloré.
CNews, qui se place comme la première chaîne d'info en France d'ici 2025, est souvent critiquée par la gauche pour promouvoir des idées d'extrême droite, accusation que la chaîne conteste fermement. Dernièrement, elle a été au centre d'une polémique avec le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, qui a porté plainte pour injure publique à caractère raciste suite à des propos tenus en direct.
En réponse à ces accusations, CNews assure ne jamais avoir diffusé de commentaires racistes à l'antenne.
- "Pensée conservatrice" -
Philippe Bilger, reconnu pour ses convictions de droite, explique qu'il "adhère en grande partie" à la pensée conservatrice que véhicule CNews, mais il lui reproche son penchant pour le "simplisme" et la "haine des individus", au lieu de privilégier la "nuance et la complexité". "Nous sommes constamment orientés vers ce qui est à aimer ou à détester : Trump est formidable, Sarkozy est forcément innocent, Israël a toujours raison", critique-t-il.
Selon lui, ce fonctionnement se rapproche d'un modèle "totalitaire", alors même que la chaîne se proclame championne de la liberté d'expression, cherchant à promouvoir une "pensée unique".
"Le fait que ce livre soit écrit par un réactionnaire, tel que je me définis, est important. C'est moins un rejet de CNews qu'une critique fondée sur une connaissance de son fonctionnement", ajoute-t-il.
Interrogée par l'AFP, CNews a fait l'éloge de Bilger, rappelant ses "850 interventions" au cours de huit ans, regrettant son aigreur face à une relation qui demeure, selon eux, sans animosité.
- "Heureux" -
Bilger faisait partie des chroniqueurs réguliers de L'heure des pros jusqu'à son éviction le 23 janvier, une décision dont il n'a pas reçu d'explication formelle, selon ses dires.
Les raisons de son départ seraient à chercher dans son opposition à la "partialité" de la chaîne et ses critiques sur Israël, des justifications que CNews rejette en plaçant cette éviction dans la routine des collaborations.
Le jour de son éviction, Bilger se trouvait en une du Monde, où il se disait "traité comme de la merde" par la chaîne.
"C'est une familiarité regrettable qui, je le reconnais, a pu influencer ma sortie", admet-il. Pourtant, il confie que cette séparation l'a rendu "heureux" : "Je n'aurais jamais eu la force de partir de moi-même, mais mes interventions devenaient de moins en moins gratifiantes. Je rejette l'idée de cracher dans la soupe. C'est la soupe qui m'a renié, alors que j'ai aidé à lui donner du goût et à bâtir son succès".







