Le projet de rénovation de l’immeuble Mouchotte, symbole de l’architecture parisienne des Trente Glorieuses, suscite des inquiétudes parmi ses résidents. Classé comme passoire énergétique, certains ont lancé un appel pour son inscription au patrimoine historique.
L'association "Sauvons Mouchotte" dénonce ce qu'elle identifie comme "une catastrophe architecturale, financière, écologique et culturelle". Une pétition lancée en octobre 2025 a récolté plus de 12 000 signatures, attirant ainsi l'attention sur la nécessité d'une protection urgente de cet édifice.
Situé dans le 14e arrondissement, cet immeuble de 60 ans compte 17 étages et abrite près de 2 500 habitants. Conçu par Jean Dubuisson, dont les œuvres incluent le Musée national des arts et traditions populaires, Mouchotte représente le style des années 1960, à l'instar de la tour Montparnasse, actuellement en rénovation.
Doté de simple vitrage et d'huisseries en aluminium, le bâtiment n’a jamais subi de restauration significative. Un projet de rénovation vise 50% de sa façade, placée sous surveillance du diagnostic de performance énergétique (DPE) qui lui a valu un F, indiquant une performance très insuffisante. Selon la réglementation, sans intervention, ces appartements pourraient devenir inéligibles à la location d'ici 2028.
Lors de la dernière assemblée générale, deux options de rénovation ont été discutées : une approche "légère" et une "lourde" visant à remplacer entièrement la façade avec des matériaux neufs. La pression sur les copropriétaires est accentuée par le fait qu'In'li, gestionnaire de 172 appartements, détient 47% des droits de vote.
Nathalie Amar, fondatrice de l'association, alerte sur le risque d'une décision jugée "aberrante". "Détruire la façade d'origine pour en reconstruire une à l'identique serait un énorme gaspillage écologique", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Le coût du projet, estimé à 11 millions d'euros, serait en réalité sous-évalué, selon des experts qui évoquent des montants allant de 25 à 30 millions d'euros. Par ailleurs, l'association remet en question l'évaluation énergétique, soulignant que le bâtiment voisin, conçu de la même manière, obtient un DPE E.
L’inscription aux monuments historiques pourrait offrir une chance de préservation de cet héritage architectural. Michel Sebald, architecte et habitant, a soumis une demande auprès de la Direction régionale des affaires culturelles. Il met en valeur l'intégrité de la façade actuelle, qui ne montre aucun signe de rouille.
"Pourquoi tout détruire ? Des solutions intelligentes et peu coûteuses existent pour préserver l’édifice tout en améliorant son efficacité énergétique", déclare-t-il depuis son appartement au 13e étage avec une vue imprenable sur Paris.
Les opposants à une rénovation lourde pointent également les problèmes de confort, notamment pendant l’été et l’hiver. Nadia Coutsinas, archéologue résidente, est convaincue qu’une simple mise à niveau énergétique est possible en intégrant des technologies adaptées comme un meilleur vitrage ou des systèmes d'aération efficaces.
El Houssine Tabou, directeur d’In'li, révèle que la société penche en faveur d’une réhabilitation complète, invoquant l’inconfort inhabituel qui génère des coûts énergétiques élevés. Il a ajouté que l'inscription au patrimoine historique pourrait redéfinir les normes d’intervention tout en n'excluant pas les améliorations énergétiques.
L’association attend avec impatience la prochaine assemblée générale qui se tiendra le 8 avril, où un projet de remplacement de façade sera également discuté pour les copropriétaires du "8-20". Une opposition à cette initiative pourrait renforcer la position de "Sauvons Mouchotte", selon Nathalie Amar.







