Dans le cadre du procès en appel concernant les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, les proches des victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA se rassemblent pour faire entendre leur voix au palais de justice de Paris. Ce groupe, connu sous le nom des "filles du DC-10", est constitué d'une vingtaine de membres, principalement des femmes, qui se sont unis en 2023 pour représenter leur douleur collective.
“Nous avons créé un collectif pour que chaque individu soit entendu, sans se sentir isolé”, confie Yohanna Brette, une des porte-paroles du groupe, à Franceinfo. Sa mère, hôtesse de l'air, perd la vie lors de l'attentat au Niger, le 19 septembre 1989, qui a causé la mort des 170 passagers à bord, incluant 54 Français. Le rapport avec l'affaire en cours est établi grâce à Abdallah Senoussi, considéré comme le principal instigateur de cet attentat, un ancien haut responsable militaire libyen et beau-frère de Mouammar Kadhafi.
Trahison et réparation
Le tribunal a récemment estimé que Nicolas Sarkozy avait sciemment permis à son conseiller Claude Guéant et à son ami Brice Hortefeux de rencontrer Senoussi à Tripoli en 2005. Cette rencontre avait pour but d'organiser un financement occulté pour sa campagne. “La promesse de lever le mandat d'arrêt de Senoussi était une contrepartie diplomatique”, a souligné le jugement, qui a conduit Sarkozy à une peine de cinq ans pour association de malfaiteurs, tout en le relaxant d'autres accusations.
“Le lien entre notre République et Abdallah Senoussi est une trahison, mais également une forme de réparation par la reconnaissance du tribunal,” déclare Yohanna Brette. “Nous faisons partie de l'histoire au travers de cette lutte pour la vérité, soulevant des questions de probité.”
A ses côtés, Mélanie Hoedts-Klein, dont le père a également péri dans l'attentat, témoigne : “Le fait d'entendre le nom de Senoussi m'a aidée à comprendre notre place dans cette histoire. Il est le symbole de notre tragédie.” Comme les autres membres, elle souligne qu'il ne s'agit pas d'une quête de vengeance, mais d'un désir profond de connaître la vérité : “Nous voulons que notre voix résonne pour nous et pour l'ensemble de la société.”
“Nous sommes des citoyennes, et dans ce combat-là, chacune a un rôle à jouer.”
Yohanna Brette, partie civileà Franceinfo







