l'essentiel
Pour la première fois depuis 1944, la France enregistre plus de décès que de naissances. Face à une fécondité au plus bas historique, le gouvernement dévoile un plan structuré contre l’infertilité, tandis qu’un rapport parlementaire propose de refonder en profondeur la politique familiale afin de répondre à un “désir d’enfant empêché”.
En 2025, la France a atteint un seuil inquiétant : pour la première fois, le nombre de décès a surpassé celui des naissances, un fait sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La différence entre le nombre de naissances et de décès est devenue négative, atteignant -6 000, en comparaison aux +200 000 de 2015, selon les données de l’INSEE.
Cette tendance inquiétante se traduit par 645 000 naissances en 2025, marquant une chute de 2,1 % par rapport à l'année précédente, et de 24 % par rapport à 2010, où les naissances avaient atteint leur apogée. L'indicateur de fécondité se situe désormais à 1,56 enfant par femme, très loin du seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1. Dans le même temps, 651 000 décès ont été enregistrés, illustrant une hausse de 1,5 %, en grande partie due à l'arrivée des générations du baby-boom à des âges plus avancés et à une épidémie de grippe particulièrement marquée.
Ce déclin de la natalité survient alors qu'en 2024, Emmanuel Macron appelait à un "réarmement démographique". Deux ans plus tard, le gouvernement présente enfin des mesures concrètes pour y remédier.
Un plan gouvernemental recentré sur l’infertilité
Le 5 février dernier, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé un plan ambitieux contre l’infertilité. Actuellement, 3,3 millions de Français sont concernés par cette problématique, avec un couple sur huit rencontrant des difficultés à concevoir. Ce plan comprend 16 mesures clés. La première action majeure consiste à la création d'un portail national sur la santé reproductive, accessible via Sante.fr, suivi d'une campagne de communication prévue pour fin 2026.
La communication principale visera les Français de 29 ans avec des informations sur la fertilité et les options d'autoconservation des gamètes, sans chercher à imposer un choix préalable. Le plan comprend également des plateformes de détection précoce des facteurs environnementaux à risque et une amélioration du diagnostic du syndrome des ovaires polykystiques.
En outre, le gouvernement prévoit de multiplier par près de deux le nombre de centres pour l'autoconservation ovocytaire, en atteignant 70 centres habilités d'ici 2028. Des mesures pour un système national de gestion des dons de gamètes et d’embryons seront également mises en place.
Enfin, une attention particulière sera portée à la santé périnatale et maternelle, la France ayant des taux de mortalité maternelle et infantile surpassant ceux d'autres pays européens.
Une “révolution” de la politique familiale
Peu après la présentation de ce plan, un rapport parlementaire, publié le 11 février, a proposé une révision en profondeur de la politique familiale. Son auteur, le député Jérémie Patrier-Leitus, la qualifie de “révolution” visant à répondre à un “désir d’enfant empêché”. Il souligne que, bien que le désir moyen d'enfant reste élevé à 2,3 en 2024, de nombreux obstacles économiques, professionnels, et symboliques entravent sa réalisation.
La mesure phare du rapport propose un versement familial unique de 250 euros par mois et par enfant, sans condition de ressources, dès le premier enfant. Ce système, innovant par rapport aux allocations familiales actuelles, regrouperait plusieurs aides existantes pour un coût estimé entre 3 et 8 milliards d’euros.
Les recommandations incluent également un prêt à taux zéro pour l’acquisition d’un logement à la naissance, une revalorisation des avantages fiscaux, et la possibilité pour les entreprises d'offrir une prime de naissance défiscalisée. Un congé parental unifié de 12 mois, progressivement rémunéré en fonction du salaire, est également envisagé.
Parmi d'autres suggestions figurent l'ouverture du congé proche aidant aux grands-parents, des aménagements d’espaces adaptés aux enfants dans les trains, sujet controversé auprès de la SNCF.
Avec ces initiatives, le gouvernement et le Parlement s'efforcent d'aborder cette crise démographique sous deux angles distincts. Cependant, la question demeure : ces mesures seront-elles suffisantes pour inverser une tendance observée depuis plus de dix ans ?







