Le Sénat a entamé mardi l'examen de l'actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM), mettant en lumière des divergences notables avec l'exécutif sur le montant de l'augmentation budgétaire destinée aux armées. Les sénateurs de droite, emmenés par Cédric Perrin, réclament une rallonge de 14 milliards d'euros, bien au-delà des prévisions gouvernementales.
Dans un contexte géopolitique tendu marqué par des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, le projet de loi prévoit des dépenses militaires atteignant 436 milliards d'euros d'ici la fin de la décennie, soit une augmentation de 36 milliards par rapport à la précédente loi de programmation de 2023. Cependant, cette augmentation n'est pas jugée suffisante par les parlementaires.
Cédric Perrin insiste sur la nécessité de renforcer ce budget, fixant l'objectif à 2,7% du PIB d'ici 2030. Pour l'année 2027, il propose un effort supplémentaire de 6,7 milliards, 500 millions de plus que ce que le gouvernement avait anticipé. La discussion budgétaire, qui s'annonce houleuse, va devoir se dérouler dans les mois qui précèdent l'élection présidentielle.
"Le Sénat ne serait pas fidèle à ses valeurs s'il validait un texte évident qu'il considère incohérent avec l'analyse stratégique actuelle", a déclaré Perrin. Le texte, largement accepté par l'Assemblée nationale, n'illustre cependant qu'une trajectoire indicative, les budgets précis devant être approuvés annuellement dans les projets de loi de finances.
À cela s'ajoute l'attente d'une nouvelle LPM qui devrait être élaborée par le futur gouvernement après les élections, rendant les débats de ce jour quelque peu théoriques.
Catherine Vautrin, ministre des Armées, a fait savoir qu'elle ne partageait pas l'avis sénatorial. "La clé de la soutenabilité d'un budget militaire se trouve dans son exécution réelle chaque année, non pas dans des affichages trompeurs", a-t-elle déclaré. Elle prône l'équilibre permis par les propositions gouvernementales, fruit d'une négociation entre les besoins des armées et les limites financières nationales.
Elle a également annoncé qu'elle défendrait un amendement pour maintenir les 36 milliards de dépenses supplémentaires. Cependant, elle a également indiqué que le gouvernement soutiendrait certaines propositions des sénateurs, telles que l'ouverture du recrutement aux réservistes spécialistes étrangers.
Du côté du Parti socialiste, la position sera alignée avec celle de l'exécutif. "Nous abordons cette question avec lucidité", a déclaré Rachid Temal, tout en mettant en garde la droite sur la question du financement de cette augmentation budgétaire. "Si la solution proposée nuit à notre modèle social, cela doit être clarifié", a-t-il ajouté, en soulignant l'importance de l'acceptation sociale de cette politique.
Le groupe communiste a quant à lui dénoncé une "insincérité financière et démocratique" dans ce projet, selon Pascal Savoldelli, qui a vivement critiqué un éventuel écart aux attentes démocratiques avant les élections. Cependant, leur motion de rejet préalable a été largement rejetée.
La discussion se poursuivra mercredi, avec un vote solennel prévu pour le 9 juin. Une commission mixte paritaire (CMP) devra par la suite se réunir pour parvenir à un compromis, dans l'espoir d’adopter le texte avant le 14 juillet, selon les attentes du gouvernement.







