Dans le monde politique, le sexisme persiste et inquiète. Dans un reportage poignant, trois femmes politiques partagent en toute franchise les violences sexistes qu'elles subissent encore aujourd'hui dans l'exercice de leur mandat.
Ce récit s'inspire de leur témoignage dans le reportage intégral. Visionnez-le pour en apprendre davantage.
Jennifer Haensler, maire sans étiquette d'une petite commune rurale, raconte avoir reçu cette remarque désagréable : "Écoute, tu ne sais pas de quoi tu parles. Retourne à la cuisine." Agnès Pannier-Runacher, qui a été ministre pendant sept ans sous la présidence d'Emmanuel Macron, se souvient également de moments particulièrement malaisants : "Des mains aux fesses, des plaisanteries très douteuses." Quant à Clémence Guetté, vice-présidente LFI de l'Assemblée nationale, elle souligne : "On nous parle de notre corps, soit pour nous faire des compliments, soit pour nous dire des choses très désagréables."
Cette réalité ne choque pas Jennifer, qui a pris la mairie de Kédange-sur-Canner (Moselle) il y a trois ans. D'emblée, elle se rend compte des résistances au sein même des élus : "On m'a fait comprendre que je n'étais pas forcément à ma place. Des collègues masculins tentent de m'apprendre à gérer ma commune. Des réflexions sur ma tenue vestimentaire, quand je souligne des problématiques comme le changement de chauffage, ont également été fréquentes." Face à ces attaques, elle finit par demander des comptes à l’un de ces élus : "Tu aurais dit ça à ta femme ?" Ce dernier, pris de court, doit s'excuser.
Conséquences des stéréotypes de genre en politique
Il est évident que le sexisme ne se limite pas à la politique locale. Agnès Pannier-Runacher, qui a débuté en politique en 2018 comme secrétaire d'État, a été confrontée à un accueil misogyne : "On m'a fait des remarques sur ma coiffure, mes vêtements, et même sur ma famille, comme si je n'étais qu'une petite fille sous l'influence de quelqu'un d'autre."
Clémence Guetté abonde dans ce sens : "Nous ne rencontrons pas toujours le respect et avons la nécessité de prouver nos compétences davantage que nos homologues masculins." Cela se traduit par des stéréotypes persistants qui touchent directement leur professionnalisme. Jennifer souligne : "Quand une femme exprime sa colère, elle est étiquetée comme 'hystérique'. Un homme, lui, est simplement entendu."
Une culture de la violence verbale persistante
Les insultes sexistes semblent faire partie intégrante de la carrière des femmes élues. Clémence a récemment dû faire face à des remarques désobligeantes lors d'un débat, rappelant l'importance d'éduquer ses collègues hommes sur la nature sexiste de tels commentaires. "Quand on sait l'origine du terme 'hystérique', il est choquant de constater qu'en 2025, cela reste monnaie courante à l'Assemblée nationale."
Agnès Pannier-Runacher abonde : "Certains collègues masculins n'hésitent pas à défendre leurs homologues en dénonceant l'injustice faite aux femmes." Mais ces luttes quotidiennes laissent des cicatrices. Jennifer partage : "Il y a des jours où je me demande vraiment si cela vaut la peine d'affronter tant d'hostilité."
Clémence exprime quant à elle un "sentiment de découragement", suggérant une transaction entre engagement politique et exposition à la violence verbale : "Pourquoi persister dans un milieu où l'hostilité sévit ?"
Pour Agnès, il est essentiel que les femmes se soutiennent mutuellement, minimisant le sentiment d'isolement : "Ces comportements sont ancrés dans notre culture et doivent évoluer." Une récente enquête menée auprès de 2 000 femmes en politique révèle que trois élues sur quatre ont expérimenté le sexisme au cours de leur carrière, illustrant l'ampleur du problème.







