Nommé préfet des Hauts-de-Seine en novembre 2024, Alexandre Brugère est une figure atypique au sein de l'administration. À 39 ans, cet ancien directeur de cabinet de Gérald Darmanin incarne une approche éloignée de la neutralité traditionnellement attendue dans ce rôle. Ses adversaires soulignent une politisation inquiétante de sa fonction, notamment à travers sa ferveur à combattre l'immigration et l'islamisme.
Brugère, représentant de l'État depuis peu, a déjà suscité de vives réactions. En 2020, il s'était présenté sur une liste LR aux municipales à Asnières-sur-Seine et, depuis, ses prises de position polémiques ne laissent pas indifférents. « Les nominations politiques ne sont pas nouvelles », explique Françoise Dreyfus, professeur émérite de Science politique à la Sorbonne. « Cependant, les préfets sont censés maintenir une certaine neutralité dans leurs fonctions. »
Les cercles de feu dans le 92
Inscrit dans un cadre plus large de discours politique, Brugère a embrassé la doctrine des « cercles de feu » initiée par Bruno Retailleau, associant immigration, narcotrafic et islamisme. Depuis sa prise de fonction, il a publié des statistiques alarmantes : augmentation de 500 % des assignations à résidence d'étrangers délinquants et réduction de 62 % des régularisations d'étrangers sans papiers. Il considère la lutte contre l'islamisme comme un « combat total ».
Le préfet a également publié des travaux dénonçant les Frères Musulmans dans des revues telles que celle de la Fondapol, un think tank réputé d'extrême droite. À cet égard, il a récemment discuté de son ouvrage, Combattre l’islamisme sur le terrain, dans une église de Nanterre, un acte jugé significatif lorsqu'on évoque la laïcité.
Le député LFI Aurélien Saintoul a commenté cette situation : « Quand un représentant de l’État s'exprime sur de tels sujets dans un lieu de culte, cela sort des convenances habituelles. » Après une accusation sans fondement lancée contre un collaborateur du maire d'une commune voisine, ce dernier a auparavant décidé de démissionner.
Alors qu'il pourrait être perçu comme un acteur mettant en péril l'impartialité de l'État, Brugère maintient qu'il est engagé au service de l'État. « J'ai eu par le passé un engagement politique, mais mon dévouement actuel est dirigé vers l'État », affirme-t-il. Pourtant, la ligne de démarcation entre ses fonctions actives et son passé politique n'a jamais semblé aussi floue.







