Pour le premier Aïd el-Fitr célébré depuis le début de la guerre à Gaza, Raeda Abou Diya exprime sa joie d'avoir pu acheter un nouvel habit pour sa fille. Pourtant, elle redoute que les souffrances des Palestiniens soient éclipsées par l'actualité préoccupante concernant l'Iran.
Depuis octobre, la trêve entre Israël et le Hamas a apporté une accalmie, bien que des frappes sporadiques et des pertes humaines persistent. Pour Raeda, âgée de 38 ans et vivant dans une tente à Gaza-ville, chaque moment de joie est précieux.
Sa fille, Fidaa, 15 ans, apprécie les petits cadeaux de fête, mais aspire aussi à retrouver son ancienne chambre. "J'espère que cette fête marquera le début d’un retour à la normale", confie-t-elle.
Alors qu’elles s’apprêtent à célébrer l’Aïd, Raeda ne se sépare pas de sa radio, inquiète que le monde détourne son attention des souffrances palestiniennes à cause des événements en Iran. "Aujourd'hui, Gaza semble oubliée", déclare-t-elle.
De nombreux Gazaouis partagent cette préoccupation, suivant les nouvelles de l'offensive israélo-américaine à travers les radios locales, qui reprennent timidement leur diffusion. Le professeur en relations internationales, Dr. Youssef Khaled, précise que "la situation en Iran a des conséquences directes pour les habitants de Gaza. Jeudi dernier, les sirènes retentissaient encore comme un rappel des dangers persistants".
Ibtissame Skik, 33 ans, se désole pour ses filles de huit et onze ans, n'ayant pas pu leur acheter de vêtements de fête. "C'est une période très difficile économiquement. Les prix sont exorbitants", partage-t-elle depuis un quartier de Gaza-ville.
Le cessez-le-feu a permis une légère amélioration, mais les pénuries alimentaires persistent, exacerbées par le transit des marchandises perturbé à cause du conflit en Iran. L'ONU a averti que la situation reste "désastreuse" avec de sévères pénuries de biens essentiels.
Hussein Doueima, 49 ans, dont le magasin a été ravagé pendant la guerre, relate que les coûts de transport font flamber les prix. Une simple chemise pour enfant coûte aujourd'hui jusqu'à 100 shekels, soit environ 28 euros.
À Gaza, où les marchés sont détruits, de nouveaux lieux de vente commencent à émerger. Imad al-Bahtimi, qui vend fruits secs et bonbons, utilise des haut-parleurs pour véhiculer des messages de joie.
D’autre part, Hossam Abou Chaqfa, 28 ans, dans la région d'al-Mawasi, évoque des bruits d'explosions. "Nous avons tellement souffert de la guerre. La situation en Iran, bien que lointaine, influence directement nos vies ici", déclare-t-il. Malgré tout, il a reçu des vêtements et des douceurs pour ses enfants, soulignant que ces moments restent les plus heureux qu'ils aient connus depuis longtemps.







