La flambée pétrolière déclenche la mobilisation de Téhéran

L'Iran intensifie sa réponse militaire tandis que le pétrole atteint des sommets.
La flambée pétrolière déclenche la mobilisation de Téhéran
©Luca MATTEUCCI, Julie PEREIRA, Valentin RAKOVSKY, AFP - Carte d'Iran localisant des frappes et explosions répertoriées par l'Institute for the Study of War and AEI's Critical Threats Project, au 8

Les conflits grandissants au Moyen-Orient entraînent des hausses significatives des prix du pétrole, l'Iran intensifiant ses offensives chez ses voisins du Golfe après la désignation de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême, succédant à son père, récemment décédé lors de frappes américano-israéliennes.

A Téhéran, le régime et ses partisans ont affiché un front uni malgré les bombardements incessants subis par le pays depuis plus d'une semaine.

Des milliers d'Iraniennes et d'Iraniens, vêtus de noir, ont scandé des slogans tels que "Dieu est grand" et "Mort à l’Amérique", lors d'un rassemblement en soutien à leur nouveau leader, âgé de 56 ans, qui entretient des liens étroits avec les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.

Bien qu'il ne se soit pas encore exprimé publiquement, il est déjà considéré par Israël comme "une cible", et Donald Trump a prédit que le nouveau dirigeant iranien ne survivrait pas longtemps sans son approbation.

Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a affirmé sur X que la nomination de Khamenei avait désespéré "les ennemis hostiles" de l'Iran.

Dans le même temps, l'Iran continue ses bombardements en réponse à l'offensive israélo-américaine lancée le 28 février, ciblant aussi bien les infrastructures pétrolières que les installations militaires américaines au sein des pays du Golfe.

La montée en flèche des tensions au Moyen-Orient est à l'origine d'une hausse des prix du brut qui, si elle perdure, risque de nuire à l'économie mondiale et d'accroître l'inflation.

- Ormuz sous haute tension -

En milieu de journée, le baril de Brent atteignait 102,04 dollars, en hausse de 10,09%, tandis que le WTI américain s'élevait à 100,40 dollars, marquant une hausse de 9,51%. Les marchés boursiers ressentent également la pression, bien que la chute demeure mesurée pour l'instant.

L'augmentation des cours des hydrocarbures constitue un "retour des pressions inflationnistes", un point de préoccupation essentiel pour les acteurs du marché, souligne John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement chez Cité Gestion Private Bank.

Les attaques ont aussi causé des dégâts dans un complexe de raffinage à Bahreïn, tandis que l'Arabie saoudite a dû intercepter des drones ciblant le champ pétrolier de Shaybah.

Ces attaques, couplées au blocage du détroit d'Ormuz, à travers lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, ont directement contribué à faire monter le prix du baril au-delà de 100 dollars.

Larijani a précisé sur X que le détroit d'Ormuz demeurerait impraticable tant que les hostilités se poursuivraient.

Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, a accusé l'Iran de tenter de "prendre le monde en otage", tout en assurant que les forces américaines et israéliennes sont prêtes à "détruire" ses capacités militaires.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré, de son côté, qu'il préparait une mission internationale "strictement défensive" pour "rouvrir" le détroit d'Ormuz.

Les ministres des Finances du G7, qui se sont réunis, ont décidé de ne pas exploiter pour le moment les réserves stratégiques de pétrole, bien qu'ils aient affirmé être "prêts" si besoin.

Et à Bruxelles, la Commission européenne a rassuré en affirmant qu'il n'y avait pas de risque de "pénurie imminente" de pétrole.

- Un "petit prix", selon Trump -

Donald Trump, quant à lui, considère que les conséquences de la guerre représentent un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité". Bien qu'il souhaite voir tomber le régime iranien, Washington vise principalement à neutraliser les capacités balistiques de l'Iran et à empêcher ce pays de se doter d'armes nucléaires, une préoccupation que Téhéran a démentie.

A plusieurs milliers de kilomètres, au Liban, le Hezbollah pro-iranien a également prêté allégeance au nouveau guide suprême. Le président libanais, Joseph Aoun, a réagi en accusant le mouvement chiite de vouloir provoquer la chute du pays au profit de Téhéran.

Israël, de son côté, continue son offensive contre le Liban, ayant entrepris des frappes depuis que le Hezbollah a relancé les hostilités le 2 mars avec une attaque sur une cible israélienne. Selon les autorités libanaises, près de 400 personnes ont été tuées au Liban et plus d'un demi-million se sont trouvées déplacées.

Ce matin, l'armée israélienne a mené plusieurs frappes contre des associations financières liées au Hezbollah à Beyrouth, renouvelant son appel à l'évacuation de la population. Pendant ce temps, le Hezbollah a revendiqué des tirs sur le nord d'Israël.

Les alliés régionaux de l'Iran, y compris les rebelles houthis du Yémen et trois factions armées irakiennes soutenant Téhéran, ont également salué la nomination de Khamenei.

À l'international, le président russe, Vladimir Poutine, a exprimé son "soutien indéfectible" à Khamenei, tandis que Pékin s'est contenté de qualifier cette décision de "conforme" à la Constitution iranienne.

Dans la nuit, l'armée israélienne a effectué des frappes en Iran visant des sites de lancement de missiles, des centres de commandement, ainsi qu'une usine de moteurs de fusées, avant d'annoncer une opération "de grande ampleur" sur Téhéran, Ispahan et d'autres régions sud du pays.

Des infrastructures pétrolières iraniennes ont également été ciblées par des frappes israélo-américaines, causant des incendies qui ont plongé Téhéran dans une obscurité impressionnante. Une habitante, jointe au téléphone depuis Paris, a décrit les frappes comme étant destinées à "nous rendre plus pauvres encore".

En retour, une série de missiles iraniens a été tirée sur le centre d'Israël, causant un décès, selon les équipes de secours. Un drone iranien a également blessé 32 civils à Bahreïn, dont quatre grièvement, selon les données du ministère de la Santé.

Un autre missile tiré depuis l'Iran a été intercepté par l'OTAN dans l'espace aérien turc, avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, dénonçant des actions "extrêmement inappropriées et provocatrices" menaçant "l'amitié" entre Ankara et Téhéran.

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