Beyrouth (Liban) – Dans un lycée saturé de déplacés, Zainab Mokdad, originaire de la banlieue sud de Beyrouth, exprime son amertume : "C'est un cauchemar. On se croyait en sécurité, et voilà qu'il faut fuir". Cette femme de 50 ans ne s'attendait pas à vivre de nouveau une telle tragédie, sa fille malade à ses côtés.
Mme Mokdad a passé la nuit à la belle étoile sur le front de mer avant de rejoindre ce centre d'accueil au nord de la capitale. "Cette guerre nous a été imposée, nous n'y pouvons rien", se désole-t-elle.
Les visages fatigués des femmes et enfants, entassés sur des couvertures usées dans les salles de classe vides, témoignent de nuits sans sommeil. Le Premier ministre Nawaf Salam a mis en garde contre une "tragédie humanitaire" imminente, compte tenu du déplacement massif de la population, d'un quartier où résident traditionnellement entre 600 000 et 800 000 personnes.
Salam a également souligné que les déplacés sont les "victimes de l'agression israélienne, mais aussi des acteurs qui ont précédé cette guerre" en ciblant le Hezbollah. En réponse à des frappes israéliennes, le groupe chiite a tiré des roquettes pour "venger" la mort d'un leader iranien, entraînant des représailles massives.
Une répétition tragique
Durant le dernier conflit en 2024, le Hezbollah, qui gère des écoles et des centres de santé, avait su offrir de l'aide aux déplacés. Cependant, l'organisation est désormais affaiblie et ses ressources sont considérablement réduites. Beaucoup de familles, ayant fui en laissant tout derrière elles, se sentent abandonnées.
Si elles évitent souvent de critiquer le Hezbollah en public, le soutien populaire dont il a longtemps bénéficié semble se faner. Hiam, 53 ans, s'interroge : "Combien de temps va durer notre souffrance ? Quel était le but de cette guerre ? Rien n'a de sens".
Pour Nohad Arkan, une institutrice de 33 ans, cette répétition de la guerre est d'autant plus douloureuse : "Il n'y a aucune raison pour que cela se reproduise. J'attends de me réveiller de ce cauchemar". Elle a fui avec sa famille, se demandant pourquoi leurs vies sont à nouveau bouleversées.
Loubna Saad, également affectée par le conflit, a fui la petite ville de Bint Jbeil, témoignant : "Je pensais que c'était fini. À nouveau, nous sommes sur les routes comme avant".
Dans ce contexte de souffrance, les témoignages de ceux qui se retrouvent sans abri résonnent. Mohammad Ali Taqi, 50 ans, exprime une douleur collective : "Il n'y a pas de pitié, même pour les enfants". Malgré un cessez-le-feu en novembre 2024, les tensions persistent, laissant la population dans l'incertitude.
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