Saint-Denis (France) (AFP) – C'est à la fois tragique et encourageant : la Maison des femmes, un centre d’accueil pour les victimes de violences sexuelles et intrafamiliales à Saint-Denis, est devenue un exemple à suivre en France, près de dix ans après sa fondation par la gynécologue Ghada Hatem.
Le film "La maison des femmes", qui met en lumière cette initiative et dénonce les violences sexistes, sortira en salles ce mercredi, en écho à la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars. Ghada Hatem affirme que l’impact pédagogique de ce film pourrait être considérable. "Il illustre à quel point la violence est omniprésente dans tous les environnements sociaux et combien il est complexe de sortir d'une relation abusive", a-t-elle partagé avec l'AFP.
La réalisatrice Mélisa Godet s'est profondément inspirée de la réalité de la Maison des femmes de Saint-Denis, où près de 4 000 femmes bénéficient chaque année de soins adaptés pour des problèmes variés, notamment en matière de santé sexuelle et de violences. Après une évaluation initiale de leur situation par un médecin, un psychologue et une assistante sociale, ces femmes participent à des ateliers visant à renforcer leur estime de soi, tels que l'art-thérapie et le sport, en plus d’accéder à des services juridiques et d’emploi directement sur place.
Essaimage et Réseautage
Aujourd'hui, plus de trente structures affiliées à la Maison d'origine et à l'association "Maisons des femmes Restart" existent à travers la France. Ce projet a suscité un intérêt croissant parmi les professionnels de la santé, désireux de le reproduire. Ghada Hatem, surprise par ce succès, attribue en partie cet élan à l'effet du mouvement #MeToo qui a pris de l'ampleur en 2017.

Ces Maisons collaborent en réseau, garantissant que toutes partagent les mêmes valeurs et éthique, ce qui est primordial. L'objectif, selon Hatem, est de faire face à des problématiques universelles pour offrir un soutien de qualité.
Le gouvernement a également reconnu l'impact de ce modèle, avec pour ambition d'installer une Maison des femmes dans chaque département. À cet instant, 120 sont déjà ouvertes ou en projet dans 97 départements, selon le ministère de l'Égalité entre les femmes et les hommes.
Cependant, Hatem reste prudente, précisant que ces chiffres incluent des structures de nature très diverses, certaines n'offrant pas une prise en charge complète des victimes de violences.
Elle voit la multiplication de ces maisons comme à la fois "d'inquiétante et d'encourageante", conscient qu'il reste encore un besoin essentiel de telles structures, notamment pour les enfants. Ce besoin se fait d'autant plus pressant face aux récents scandales liés aux violences sexuelles sur mineurs.
Visibilité et Sensibilisation
Au cours de la dernière décennie, Hatem a constaté une prise de conscience croissante concernant les violences sexuelles et sexistes. "La société réalise que ces actes sont bien plus répandus qu'on ne le pensait", déclare-t-elle. Grâce à de multiples femmes qui ont osé se lever et dénoncer, à la reconnaissance institutionnelle et aux scandales récents, ces problématiques deviennent plus difficiles à ignorer.
Cependant, elle s'inquiète que la sur-exposition médiatique et sociale entraîne une forme de saturation chez le public, qui pourrait vouloir tourner le dos à ces sujets en raison de leur gravité. Son appel est clair : "Nous devons éduquer les garçons pour qu'ils deviennent des alliés et enseigner aux filles qu'elles méritent mieux que ce qu'elles ont accepté comme normes traditionnelles".
Alors que les associations féministes se préparent à défiler dans toute la France pour le 8 mars, elles réclament un budget annuel significatif et une loi-cadre pour renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes.
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