La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête crucialement attendue concernant Rodrigo Duterte, l'ancien président des Philippines, accusé d'avoir « autorisé des meurtres » et « sélectionné personnellement » ses victimes durant sa campagne violente contre la drogue. Ces auditions, qui se déroulent sur quatre jours, marquent une étape décisive pour la CPI dans la quête de justice pour les victimes de cette guerre sanglante. Le procureur adjoint, Mame Mandiaye Niang, a souligné l'importance de ces procédures, affirmant qu'elles rappellent que les puissants ne sont pas au-dessus de la loi.
Duterte, qui a dirigé le pays de 2016 à 2022, a excusé son absence devant la Cour, indiquant qu'il renonçait à son droit de comparaître. La CPI devra trancher dans un délai de soixante jours après la fin des audiences si elle poursuit un procès formel.
Un héritage de violence
La CPI accuse Duterte d'avoir joué un rôle « central » dans les exécutions extrajudiciaires, d'abord en tant que maire de Davao puis comme président. Selon M. Niang, Duterte a non seulement « autorisé des meurtres » mais a également « personnellement sélectionné certaines des victimes ». Ces accusations soulèvent de vives réactions tant au niveau national qu'international.
Les groupements de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, soutiennent que des milliers de personnes ont été tuées dans cette campagne meurtrière, souvent sans procès. La rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnes Callamard, a précédemment affirmé que les actions de Duterte constituaient des violations flagrantes des droits humains.
Des voix pour la justice
Des manifestations ont eu lieu à La Haye, avant le début des audiences. Patricia Enriquez, une chercheuse qui a perdu des amis dans cette violence, a déclaré à l'Agence France-Presse que ce moment était « historique ». « C'est porteur d'espoir et très douloureux à la fois », a-t-elle ajouté, exprimant son souhait que le monde entier soutienne la quête de vérité et de justice.
De l'autre côté, Aldo Villarta, un chef cuisinier, a critiqué le tribunal international, le qualifiant de « gifle » pour les Philippines, tout en soulignant les souffrances du peuple philippin face à la colonisation.
Lutte contre l'impunité
Duterte, tenu sur trois chefs d'accusation, a été arrêté à Manille en mars 2025 et transféré aux Pays-Bas. La CPI a déclaré qu'elle maintiendrait sa compétence sur les crimes présumés commis entre 2011 et 2019, malgré le retrait officiel des Philippines de la Cour en 2019.
Les meurtres dont il est accusé, qui incluent des cibles de haute valeur ainsi que des opérations de « nettoyage » de 2016 à 2018, représentent seulement une fraction des atrocités signalées. Le nombre réel de victimes pourrait dépasser les dizaines de milliers, laissant un héritage sombre que la CPI espère remédier.







