Lifting the veil: l'Institut du monde arabe face aux défis de son financement

L'Institut du monde arabe, entre influences étrangères et questionnements économiques.
Lifting the veil: l'Institut du monde arabe face aux défis de son financement
Façade de l'Institut du monde arabe. SIPA / © Stephane Lemouton

Suite à la démission de son président emblématique, Jack Lang, l’Institut du monde arabe (IMA) est plongé dans un tourbillon d’interrogations concernant sa viabilité économique et la portée de l'influence de ses donateurs, notamment ceux du Golfe.

Avec l'arrêt des financements directs des pays arabes, l'IMA reçoit désormais des fonds de sources étrangères. Ces montants sont principalement destinés à soutenir les expositions temporaires situées dans le 5e arrondissement de Paris. Cependant, les choix de programmation de l'IMA soulèvent des questions sur les intentions de ses financeurs. « La question mérite d’être posée sur les influences externes, réelles ou supposées, qui pourraient peser sur cette programmation », a souligné la Cour des comptes dans son rapport de 2024.

Parmi les expositions qui ont bénéficié de financements significatifs, on note des événements tels que « Le Maroc contemporain » en 2014, « Osiris » en 2015 et « Trésors de l’Islam en Afrique » en 2017. Ces vitrines culturelles mettent en avant l'histoire et la tradition de ces pays, tandis que d'autres sujets, comme « l’esclavage en terre d’Islam », semblent négligés, comme l'indique la Cour des comptes. L'exposition « Habibi », consacrée à la sexualité en Orient et intégrant des œuvres d'art LGBT, a, quant à elle, pu se réaliser grâce au financement public.

Une instrumentalisation de l’IMA ?

Les expositions constituent seulement un aspect de l'influence que cherchent à établir certains pays arabes. En effet, l'IMA a récemment loué une de ses salles à l'Arabie saoudite, un de ses investisseurs majeurs, pour organiser une conférence soutenant l'intervention militaire saoudienne au Yémen. Un autre point de friction est la rénovation des fenêtres traditionnelles « moucharabiehs », financée par le Qatar et l'Arabie saoudite, ainsi que des travaux similaires pour la bibliothèque entre 2015 et 2017. « Cela montre que les pays arabes signataires du traité créant l’IMA préfèrent cibler leurs aides financières sur des projets emblématiques à forte visibilité médiatique, plutôt que de respecter leurs obligations financières initiales », a précisé la Cour des comptes.

« La structure actuelle de financement est vivement critiquée par les organisations syndicales »

Les organisations syndicales ajoutent leur voix à cette controverse en affirmant que « la structure actuelle de financement, qui voit certains pays arabes financer des opérations de leur choix tandis que d’autres restent de côté, comporte des risques d’instrumentalisation de l’IMA à des fins politiques ». Ils réclament une refonte du système de financement vers un modèle plus équitable, garantissant que chaque projet reçoive un soutien proportionnel, indépendamment de l'origine des fonds.

Établi en 1980 sous le statut d’une fondation privée d’utilité publique, l’IMA, issu d'un accord international entre la France et 22 pays arabes, dépend en grande partie d'une subvention annuelle du Quai d’Orsay, qui s'élève à 12,3 millions d’euros.

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