Emmanuel Macron a atterri à Damas lundi soir pour une visite inédite, marquant ainsi le premier déplacement d'un dirigeant d'une puissance occidentale dans le pays depuis la chute du régime de Bachar al-Assad. La mission du président français s'inscrit dans un contexte complexe, alors que le pays attend le nouveau président Ahmad al-Chareh, qui prendra ses fonctions fin 2024.
"Mon but est de réaffirmer l'engagement de la France envers le peuple syrien, pour une Syrie souveraine, unie et en paix avec ses voisins", a déclaré Emmanuel Macron sur X. Accueilli à l'aéroport par le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, le président a ensuite participé à un dîner de travail, comme l'a rapporté la présidence française. Une conférence de presse est prévue ce mardi.
La France, consciente des enjeux de sécurité fragile qui règnent dans le pays après des années de guerre civile, n'avait pas voulu rendre cet événement public avant l'atterrissage de Macron, surtout après un attentat ayant coûté la vie à dix personnes à Damas jeudi dernier.
Le président Chareh a, de son côté, salué le rôle "très constructif" de la France dans le processus de transition syrien, affirmant dans une interview pour BFMTV que la France est une "amie du peuple syrien". L'agence officielle syrienne, Sana, a qualifié cette visite d'"historique".
Cette rencontre est la première d'un président français en Syrie depuis les visites de Nicolas Sarkozy entre 2008 et 2009, avant que les relations ne se détériorent suite à la répression violente du Printemps arabe en 2011.
Emmanuel Macron est déjà connu pour avoir accueilli Chareh à l'Élysée en mai 2025, marquant un tournant dans la coopération entre la France et la Syrie. Lors de cette rencontre, des discussions sur la levée des sanctions imposées par l'Union européenne et les États-Unis avaient eu lieu, concomitantes à un déplacement stratégique de Chareh à Washington.
Accompagné des dirigeants de CMA-CGM et de TotalEnergies, Macron souhaite évoquer la reconstruction du pays et le retour des investissements français, malgré une certaine prudence parmi les entreprises. Chareh a, pour sa part, évoqué les "enormes opportunités d’investissements" disponibles en Syrie.
Pour l'entourage de Macron, ce voyage représente un "risque", car il ne se limite pas aux lieux sécurisés mais implique également des rencontres avec une diversité de Syriens. "La nouvelle Syrie doit être un partenaire qui respecte la pluralité", a précisé l'Élysée, s'alignant sur la vision d'une démocratie pluraliste.
Toutefois, la protection des minorités reste un enjeu crucial, surtout après des affrontements récents et des massacres d'alaouites. La lutte contre l'État islamique et la question des jihadistes français encore présents en Syrie demeurent des préoccupations majeures pour la France, qui a souffert d'attentats en 2015 orchestrés depuis cette région.
Denis Bauchard, ancien ambassadeur et analyste à l'Institut français d'opinions et de relations internationales (Ifri), indique que cette visite pourrait renforcer le nouveau régime syrien dans un contexte régional tendu, où Israël cherche à maintenir une Syrie faible.
Lors de ce voyage, Macron restitue également 23 objets archéologiques aux autorités syriennes, témoignant d'une volonté de coopération culturelle. Après Damas, il se rendra à Ankara pour un sommet de l'Otan, où le dossier syrien sera également évoqué avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.
En dépit des divergences de vues sur des questions régionales, notamment le rôle de la Syrie au Liban face au Hezbollah, l'Élysée a exprimé ses attentes claires : "Ce que nous attendons de la Syrie, c'est qu'elle respecte son voisin libanais".







