Omer Bartov, expert réputé de la Shoah, vient de publier son dernier livre Israël, Une course vers l’abîme (Le Seuil), un ouvrage controversé dans lequel il accorde une dimension génocidaire à la politique israélienne actuelle.
Lors d'une interview à France Culture, Bartov a soulevé des questions perturbantes sur les actions d'Israël. Bien que ses propos aient suscité des critiques, il apparaît comme une figure centrale pour les antisionistes, en raison de son expertise et de son parcours personnel. Cet académicien, qui enseigne aux États-Unis depuis près de quatre décennies, a également servi dans l'armée israélienne, ce qui ajoute un poids particulier à ses jugements critiques.
Historiquement, Bartov a été un pionnier dans la déconstruction du mythe d'une Wehrmacht immaculée, analysant plutôt la brutalité des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale. À travers son ouvrage précédent, Anatomie d’un génocide, il décrivait l'extermination des Juifs dans la ville de Buczacz, en Ukraine. Son dernier livre, dont le titre évoque « la course à l’abîme », illustre un pessimisme grandissant envers l'idéal sioniste de ses ancêtres, face à la montée d'une idéologie nationaliste.
Un discours controversé
Lors de son intervention face à Guillaume Erner, Bartov a exposé une vision qui pose question, arguant que même en l'absence d'extermination physique, la situation à Gaza peut être interprétée comme une forme de génocide. Selon lui, les conditions de vie précaires, les destructions massives et les déplacements forcés de population constituent une atteinte à l'existence même de la civilisation dans cette région.
Il refuse néanmoins de comparer Gaza aux atrocités de la Shoah, soutenant que le cadre défini par les Nations Unies pour qualifier le génocide est applicable à la situation actuelle en Palestine. Cependant, il semble ignorer le contexte complexe de l’escalade des violences, où les civils sont souvent pris au piège dans des combats entre le Hamas et les forces israéliennes.
Des preuves contestables
Pour justifier ses accusations d'intention génocidaire, Bartov cite plusieurs déclarations de responsables israéliens. Toutefois, ses interprétations sont jugées hâtives par de nombreux analystes. Par exemple, la remarque du ministre de la Défense Yoav Gallant, qualifiant les assaillants d'«animaux humains», a été vue comme une expression courante pour désigner des ennemis d'une manière exagérée, mais non comme un appel à exterminer une population.
De plus, certains experts soulignent que l’intention génocidaire doit être clairement définie et discernable, ce qui reste sujet à débat. Bartov présente bien une analyse nuancée, mais reste confronté à la réalité d'un conflit que les simples mots ne peuvent saisir entièrement. Sa volonté de dénoncer les atrocités commises en Palestine est indéniable, mais elle interroge également sur la place de la nuance dans un débat aussi chargé émotionnellement.
En somme, Omer Bartov, par ses positions affûtées et sa profondeur intellectuelle, pose des questionnements cruciaux sur Israël et son avenir, mais l’assimilation de actos militaires à la définition du génocide nécessite une approche plus mesurée, selon plusieurs experts du domaine. Cette discussion, comme beaucoup d'autres autour du conflit israélo-palestinien, mérite d'être approfondie et mise en contexte.







