Le pape Léon XIV a lancé mercredi un puissant appel au "respect des droits de chaque citoyen" devant des milliers de fidèles réunis au stade de Bata, la métropole de Guinée équatoriale, marquant ainsi le deuxième jour de son séjour dans ce pays d'Afrique centrale, notoirement fermé.
Dans une ambiance festive, empreinte de chants et de danses traditionnelles, ce pape américain a plaidé pour une reconnaissance des droits fondamentaux, évoquant les propos de Jean-Paul II lors de sa visite en 1982. Dans ce pays de deux millions d'habitants, souvent critiqué pour son régime autoritaire, ses discours sont d'une importance capitale.
En amont de son allocution, Léon XIV a effectué une visite très réglementée d'un centre pénitentiaire à Bata, où il a dénoncé les conditions de vie déplorables des détenus, une rare indignation dans un pays où les voix contre l'autoritarisme sont souvent étouffées. "L'administration de la justice doit privilégier la dignité humaine et les potentialités de chaque individu", a-t-il déclaré face à un groupe de 600 détenus, dont une trentaine de femmes.
Les détenus, vêtus de tenues orange vif, faisaient face au pape, chantant et dansant sous une pluie torrentielle. Cependant, cette mise en scène orchestrée n'a pas pu dissimuler les critiques des ONG concernant les conditions carcérales alarmantes en Guinée équatoriale.
Peu après l'arrivée du pape, un orage s'est abattu sur la prison, mais cela n'a pas empêché les prisonniers de manifester leur joie collective en scandant "Libertad" à l'issue de la rencontre, illustrant un désir de liberté palpable au sein de la population.
Le rapport de 2023 du Département d'État américain évoque des cas de torture, une surpopulation extrême et des conditions sanitaires désastreuses dans les établissements pénitentiaires du pays. Les propos du pape, bien que diplomatiques, incarnent une rare dénonciation dans un environnement aussi contrôlé.
Pour ce dixième jour de son périple en Afrique, le pape a célébré une messe avec près de 100 000 fidèles à Mongomo, le fief du clan présidentiel, en présence de Teodoro Obiang Nguema, en fonction depuis 1979. Lors de cette cérémonie, il a exprimé son souhait d'accroître les espaces de liberté et de préserver la dignité humaine, en évoquant les conditions désastreuses vécues par les prisonniers.
Un enseignant local, qui a souhaité garder l'anonymat, a souligné le scepticisme ambiant, pointant du doigt "le manque d'indépendance" d'une justice entachée par la corruption des juges. Dans un pays où 80% de la population est catholique, le pape fait face à un défi diplomatique délicat : soutenir ses fidèles sans devenir le porte-parole du régime.
Durant son séjour, le pape a également appelé les autorités à s'engager "au service du droit et de la justice", dénonçant les pratiques abusives entourant l'exploitation des ressources naturelles, notamment pétrolières et minières, qui vont à l'encontre du droit international et de l’autodétermination des peuples.
Bien que la Guinée équatoriale ait profité du boom pétrolier depuis les années 1990, Human Rights Watch souligne que les richesses s'accumulent pour une élite restreinte, tandis qu'une grande part de la population vit dans une pauvreté alarmante.
Le pape achève ce marathon de 11 jours sur le continent africain par un retour à Rome prévu jeudi, après avoir parcouru des milliers de kilomètres depuis son départ d'Algérie, avec des escales au Cameroun et en Angola.







