Une semaine après avoir foulé le sol français, Jacques Paris, 72 ans, et Cécile Kohler, 41 ans, ont partagé leur expérience cette semaine sur France Inter. Amis et proches, ils revivent avec émotion la puissance des retrouvailles après près de quatre ans de détention dans la sinistre prison d'Evin, à Téhéran. La joie de retrouver leur famille contraste avec les souvenirs douloureux de leurs conditions d’emprisonnement.
Le couple, libéré le 8 avril après 1.277 jours d’incarcération, a connu une existence marquée par l'isolement et la souffrance. "Revoir ma fille, mes petits-enfants, ma mère, c’est à la fois banal et extraordinaire, c’est ça le goût de la liberté", déclare Jacques. "J’ai attendu ce moment depuis presque quatre ans", affirme Cécile, nostalgique des odeurs réconfortantes de leur appartement en région parisienne.
Le goût de la liberté
Pour Jacques et Cécile, le retour en France a ravivé d'intenses émotions. "Simplement serrer nos proches dans nos bras, c'était fantastique", confie Jacques. Les premiers instants de liberté sont empreints de gratitude, bien que l'ombre de leur détention pèse encore sur leur esprit. Les souvenirs des épreuves vécues dans la prison d’Evin sont ancrés dans leur mémoire. En détention, l’incertitude était omniprésente, avec des conditions faisant tout pour détruire leur esprit.
"Il y avait un néon qui ne s’éteint jamais, des menaces constantes. Je ne pensais pas revoir la lumière du jour", se souvient Jacques. Cécile, quant à elle, évoque une lutte quotidienne contre la folie, tant il était difficile de s'accrocher à un semblant de normalité. "Les seules conversations que nous avions étaient avec nos gardiens", explique-t-elle, soulignant l'isolement qui les a détruits.
Des liens tissés dans l'adversité
Pour survivre, ils ont créé des rituels. Pour Cécile, reciter des poèmes en persan appris avec d'autres détenues était essentiel. "Chaque jour, je mémorisais un nouveau vers. C’était ma manière d'échapper à la mort, d'échapper à la séparation", partage-t-elle. Ces moments de fraternité leur ont offert une échappatoire, bien que semblant dérisoire face à l'horreur des conditions de détention.
Une pensée pour ceux qui souffrent encore
Leurs souvenirs sont teintés d’une certaine culpabilité face à la réalité de ceux restés derrière les barreaux. "Nous sommes rentrés, mais nous pensons aux prisonniers politiques et aux otages qui traînent encore en Iran", déclare Cécile. Le pays a connu des vagues de répression, notamment après la mort de Mahsa Amini. Le couple a rencontré des détenus désireux de changement, espérant que leur témoignage pourra faire échos à l'injustice subie.
"Nous avons conscience d'être des rescapés, mais nous voulons nous battre pour ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes", conclut Jacques, avec la force d'une expérience tragique qui les pousse à agir. Les récits de Jacques Paris et Cécile Kohler ne sont pas seulement des souvenirs, mais un puissant appel à la solidarité humaine et à la lutte pour la liberté.







