À l'approche des réquisitions dans l'affaire Hambli-Thierry, qui se déroule depuis trois semaines à Bordeaux, l'ex-policier François Thierry a reconnu avoir commis des erreurs dans la gestion de son indic, tout en réfutant toute protection et en mettant en lumière les lacunes de la lutte contre le crime organisé.
Quel que soit le dénouement de ce procès, François Thierry a réussi à susciter des réflexions sur la nécessité d'une refonte des méthodes de lutte contre la criminalité organisée. Sa déposition, attendue avec impatience, a occupé plus de dix heures devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. L'ancien dirigeant de l'Ocrtis est jugé aux côtés de son indic, Sofiane Hambli. L'affaire, qui remonte à la saisie de 7 tonnes de cannabis en octobre 2015 à Paris, empoisonne depuis longtemps la chaîne judiciaire et policière chargée de combattre le trafic de stupéfiants.
Le brouillard de la lutte anti-stups
Validée par les instances judiciaires et policières dans les années 2010, la stratégie Myrmidon qui sous-tend cette affaire a révélé un changement de paradigme dans la lutte contre les narcotrafiquants. Thierry a affirmé lors des auditions qu'il se souciait uniquement de remonter jusqu'aux commanditaires, délaissant par là même certaines saisies. L'accent était mis sur la visibilité médiatique plutôt que sur l'efficacité judiciaire.
En dépit des chaos antérieurs, le policier concède que Sofiane Hambli, pilier de l'opération, a largement dépassé son rôle d'informateur. Profitant de la livraison, il aurait commencé à développer son propre réseau de trafic, ce qui a semé la controverse. "Il m’a trompé. J'ai commis des erreurs," a reconnu François Thierry.
Le flou persiste autour de la lutte anti-stups des années 2010, alors que les sous-entendus autour de la saisie d'Exelmans demeurent en partie classés « secret-défense ». Les témoins de cette époque, y compris des représentants des douanes, n'ont pas été conviés au tribunal, compliquant ainsi la clarté de cette affaire.
Le rôle de Sofiane Hambli
Le tribunal doit établir les motivations derrière la livraison surveillée en l'absence de Sofiane Hambli, actuellement incarcéré au Maroc. Pourquoi avoir choisi de partager une information cruciale avec les enquêteurs après sa libération conditionnelle ? Thierry a admit s'être mépris sur la fiabilité de son indic suite à sa sortie de prison, arguant qu'il n'avait plus d'éléments de levier sur lui.
Le dossier soulève des interrogations sur les stratégies utilisées lors des opérations d'infiltration, Thierry expliquant qu'il n'avait pas d'autre acteur à impliquer pour éviter d'ériger un réseau criminel. Le juge a sollicité une réflexion sur l’ampleur des erreurs commises par le policier, appelant à distinguer entre fautes administratives et pénales.
Le parquet devrait transmettre ses réquisitions ce lundi, mettant un point final à cette saga judiciaire qui a profondément marqué le paysage de la lutte contre les stupéfiants en France.







