Ce lundi, La Mouette a annoncé qu’elle se constitue partie civile dans l'affaire de la mort de Lyhanna. Christine Maze, l’avocate représentant l’association, a exprimé sa colère face à la situation actuelle.
Ce lundi à Agen, vous annoncerez officiellement, en conférence de presse, que l’association La Mouette, que vous représentez, se constitue partie civile dans l’affaire Lyhanna. Pourquoi ?
Il est essentiel de comprendre les failles du système. Si le suspect avait été écouté après la plainte pour viol sur une première enfant de 10 ans, nous n'en serions pas là aujourd'hui. S'agit-il d'une simple erreur humaine ? Cela reste à voir. En France, notre justice est dans un état déplorable, ne faisant que des réparations superficielles. Je tiens à accuser le ministre de la Justice, le président de la République, et tous nos dirigeants qui ont masqué cette misère sans lui donner les moyens de la résoudre.
Ce drame a relancé la question des moyens alloués aux magistrats. Quel constat faites-vous ?
Je le constate tous les jours. Les conditions de travail des magistrats sont catastrophiques. Ils sont submergés par des dossiers complexes. Les déclarations d'Emmanuel Macron et de Gérald Darmanin concernant cette question des ressources m'ont profondément indignée. De plus, il est inacceptable que le ministre cherche à établir la responsabilité de la procureure du Gers, qui doit maintenant être protégée.
« J’accuse le ministre de la Justice, le président de la République et tous nos gouvernants d’avoir caché cette misère »
En tant qu’avocate, que pensez-vous de la réaction de la société face à ce drame ?
Hélas, ce type de drame n'est pas nouveau. Les violences infligées aux enfants sont une problématique nationale que nous ne traitons toujours pas correctement. Bien qu'il y ait eu des progrès dans le traitement des violences conjugales, les enfants sont encore souvent considérés comme de simples témoins plutôt que comme des victimes. Nous avons besoin de structures adaptées et de familles d'accueil, des sujets souvent tabous dans notre société patriarcale.
Pourquoi la voix des enfants est-elle encore difficile à entendre de nos jours ?
La parole de l'enfant a été désacralisée depuis l’affaire Outreau, ce qui a provoqué des dégâts considérables. Aujourd'hui, la parole des enfants est souvent eclipsée par la présomption d'innocence du suspect. C'est la raison pour laquelle La Mouette se constitue partie civile, afin de souligner l'importance de cet enjeu et d'œuvrer pour la création de structures comme les salles Mélanie qui offrent un cadre protecteur pour les enfants.







