Une enquête de franceinfo révèle que la réputation controversée de Patrick Bruel, 67 ans, accusé par une trentaine de femmes d’agressions sexuelles, était déjà bien ancrée dans l’industrie artistique. D’autres témoignages indiquent qu’un silence pesant entourait ses comportements douteux, souvent justifié par la peur des représailles.
"Il valait mieux ne jamais se trouver seul avec lui dans un ascenseur," confie une ancienne professeure de la "Star Academy" qui préfère rester anonyme. "Tout le monde savait qu'il avait un problème avec les femmes", ajoute-t-elle, soulignant l’omerta qui perdure depuis des années.
Des témoignages recueillis illustrent comment les femmes, par crainte d’être mises à l’écart, se sont tues. "Tous ces gens qui disent être surpris mentent," affirme la professeure. En effet, un exemple marquant date de 1996, quand une intervenante d’un programme populaire, avertie de rester prudente avec Bruel, a pris des précautions. Elle se remémore : "J'ai même dû feindre de faire de la boxe pour qu'il comprenne que je ne suis pas à sa merci. C'était futile," raconte-t-elle.
Une omerta persistante
La peur de perdre son emploi ou d’être blacklistée reste omniprésente, comme le confirme Julie*, qui, en 2019, a été mise en garde avant un festival où Bruel était attendu. "Les consignes étaient claires : pas de bénévoles seules dans les loges," souligne-t-elle. Ces ordres semblent s’être répétés dans divers environnements, illustrant la nécessité de protéger les jeunes femmes de comportements inappropriés.
De numéros similaires émergent lorsque l’on examine l’héritage de Bruel dans l’industrie. L’artiste, qui fait face à une trentaine d’accusations allant de la tentative de viol à l'agression sexuelle, conteste fermement ces accusations, pourtant, une enquête du parquet de Nanterre a réouvert une procédure, suite à des classements sans suite en 2020. Sa maison de disques, Sony, aurait également décidé de suspendre temporairement l’artiste, fatiguée par la vague de révélations.
Face à cette débâcle, Bruel a annulé tous ses concerts jusqu'à l’automne et a décidé de ne pas participer aux Enfoirés en janvier prochain. Des syndicats, tels que la Snam-CGT, interpellent le ministère de la Culture pour réclamer le retrait de la licence d'entrepreneur de spectacles de Bruel, lui-même aux commandes de son entreprise de production, 14 Productions.
Le débat est lancé : comment le milieu artistique peut-il continuer à soutenir quelqu’un dont la réputation est ternie par tant d'accusations? Les voix s’élèvent, mais la question reste de savoir si cette enquête pourrait finalement briser le silence imposé autour de l’artiste.







