Récemment, un site souterrain en Iran, ciblé par des frappes israéliennes, a été le théâtre d'une perte tragique d'expertise scientifique. Ces opérations militaires révèlent l'importance stratégique des ingénieurs dans l'arsenal militaire de l'Iran, dont les compétences s'étendent au-delà du simple domaine militaire, englobant des secteurs critiques tels que la chimie et la biologie, comme le souligne Emmanuelle Galichet, spécialiste au Conservatoire national des arts et métiers.
Chaque année, l'Iran forme environ 234.000 ingénieurs, un chiffre qui rivalise avec celui des États-Unis et dépasse largement les formations en France et en Allemagne. Selon les estimations, l'Iran produit plus d'ingénieurs que ces deux pays réunis, témoignant d'un système éducatif qui met l'accent sur la technique. C'est ainsi qu'au cours des dernières décennies, l'Iran a pris conscience qu'une autre voie s'offrait à lui: encourager la formation technique locale pour pallier les sanctions internationales.
Une politique scientifique ancienne
La genèse de cette orientation remonte aux années 1920 et 1930 sous le règne du Shah Reza Pahlavi, qui a initié la création d'écoles d'ingénieurs visant à développer les compétences nécessaires pour moderniser le pays. Ces efforts ont été intensifiés après la révolution islamique de 1979, qui a renforcé l'importance des ingénieurs face aux défis économiques et technologiques.
Une compétition académique féroce
Le Konkour, examen national redouté, voit chaque année plus d'un million de candidats tenter leur chance pour intégrer des filières d'ingénierie. Cette compétition intense forge une culture axée sur l'excellence scientifique. Selon Emmanuelle Galichet, les Iraniens s'imposent déjà dans des domaines comme la médecine nucléaire, et cela débute dès l'école primaire.
"Les Iraniens sont à la pointe de la médecine nucléaire qui permet de diagnostiquer et de soigner des cancers," rappelle Emmanuelle Galichet, du Cnam.
Malgré cette réussite académique, le défi reste l'intégration de ces diplômés sur le marché du travail. Le taux de chômage des ingénieurs, pouvant atteindre jusqu'à 41,4 %, pousse de nombreux jeunes diplômés à chercher des opportunités à l'étranger.
L’exode silencieux des ingénieurs
Depuis les années 1990, l'Iran a vu émerger une véritable fuite des cerveaux, avec des milliers d'ingénieurs et de scientifiques hautement qualifiés qui choisissent de continuer leur carrière à l'étranger, souvent en quête de meilleures conditions de vie et d'un environnement académique plus propice. Selon le Financial Times, cette dynamique a contribué à faire des universités occidentales un foyer attractif pour ces talents.
Le paradoxe est que tandis que l'Iran forme des ingénieurs de haut niveau, de nombreux diplômés se dirigent vers les marchés internationaux où ils sont mieux valorisés. Cela constitue un coût non négligeable pour l'État iranien, qui investit massivement dans l'éducation sans toujours en récolter les bénéfices.
Des trajectoires devenues typiques
Les récits de ces ingénieurs partent souvent des mêmes fondations: réussir le Konkour, intégrer une université prestigieuse comme l'Université de Téhéran, puis poursuivre leurs études à l'étranger. Une fois diplômés, beaucoup choisissent de rester, contribuant ainsi à l'économie de pays qui leur permettent d'exploiter pleinement leurs compétences.
Le paradoxe iranien
Finalement, l'Iran se trouve devant un dilemme : la puissance scientifique est palpable et soutenue par une jeunesse hautement qualifiée, mais les conditions économiques et politiques font obstacle à leur ancrage dans le pays. Ce paysage met en lumière une capacité d'innovation sous-utilisée, ce qui soulève questions et réflexions sur l'avenir de cette nation prometteuse.







