Lors d'une conférence de presse au sein de l'institut Insead à Paris, Philippe Aghion, récemment nommé prix Nobel d'économie, a exprimé son inquiétude quant au sous-financement alarmant de la recherche en France. Revenant dans l’Hexagone en 2015 après avoir enseigne à Harvard, il a révélé n'avoir reçu aucune aide de l'État français pour ses travaux. L'économiste a depuis été soutenu uniquement par des fonds étrangers et des bourses européennes. Cette situation soulève des questions sur l'orientation budgétaire du pays.
« Nous assistons à une coupe dans les budgets alloués à la recherche, alors même que des investissements colossaux, comme celui d’un nouveau porte-avions, sont annoncés », a-t-il déclaré. Aghion considère ces priorités comme « une aberration », soulignant l'importance d'un financement adéquat pour favoriser l'innovation et la croissance.
Il a également critiqué l’Agence nationale de la recherche (ANR), affirmant qu’elle n’avait « pas d’argent » pour soutenir des initiatives prometteuses. Ce constat reflète un malaise plus large dans le système de recherche français, où les financements semblent s'orienter vers des projets à court terme, au détriment de la recherche fondamentale.
Pour Aghion, un pays ne peut revendiquer le statut d'innovateur si la recherche fondamentale n’est pas solidement financée. « La base de toute politique d’innovation disruptif repose sur une recherche bien soutenue, à long terme », a-t-il ajouté. Ce témoignage fait écho aux préoccupations d’autres experts tels que la chercheuse en innovation Marie-Claire Capiteau, qui a déclaré à France Culture que « sans une base de recherche solide, les innovations seront rares et souvent peu durables ».
Aghion appelle ainsi à un changement de mentalité politique, afin que la France réinvestisse dans sa recherche, gage du progrès et de l’innovation nécessaires pour répondre aux défis économiques et sociaux contemporains.







