Les producteurs de céréales en France, autrefois considérés comme les bénéficiaires privilégiés de l'agriculture, descendent aujourd'hui dans les abysses économiques. « Pour la troisième année consécutive, les revenus des céréaliers sont déficitaires et les pertes s'intensifient », explique Éric Thirouin, représentant de l'AGPB, l’association des cultivateurs de céréales à paille.
La situation est particulièrement préoccupante pour des exploitants comme Vincent Bouvrain, qui témoigne : « Je vends mon blé aux mêmes prix qu’il y a des décennies, mais mes coûts de production explosent ». Cette réalité affecte durement les cultivateurs, notamment ceux spécialisés dans le blé et l’orge, qui représentent plus de 50 % de la production céréalière.
Actuellement, le prix du blé se situe entre 160 et 170 euros la tonne, bien en dessous du seuil nécessaire de 200 euros pour éviter de travailler à perte, selon les estimations de Bouvrain. En plus, les céréaliers, qui ont longtemps été considérés comme privilégiés, souffrent désormais des plus bas revenus de toutes les filières agricoles, comme le souligne l’AGPB.
Plusieurs éléments expliquent cette dégringolade. Le conflit russo-ukrainien en 2022 a provoqué une flambée des prix des céréales ainsi que des engrais, dont une partie significative des approvisionnements européens dépendait de la Russie. Cependant, 2023 a marqué un retournement: malgré des coûts de production élevés, les prix mondiaux se sont effondrés. La réouverture des ports de la mer Noire a rassuré les marchés sur l'approvisionnement, entraînant une chute des prix.
Un état d’urgence économique
Pour l'année 2024, l'avenir des céréaliers apparaît encore plus sombre, avec une prévision des revenus courants avant impôt (RCAI) négatifs, estimés à -6800 euros en moyenne pour près de 50 000 exploitations céréalières. En comparaison, les éleveurs de bovins et de porcs s’en sortent bien mieux, affichant des revenus respectifs de 18 300 euros et près de 74 000 euros.
« Près de 50 000 exploitations avec un revenu négatif, c'est alarmant, et cela exige une réponse immédiate de l'État », affirme Éric Thirouin, appelant à des mesures à la fois nationales et européennes pour sauver ce secteur vital. Fabrice Moulin, agriculteur de l’Eure, succincte son désespoir : « La première année, on s'en sort, la deuxième, on puise dans nos économies, mais là, on arrive au bout de l'histoire ». Selon les experts, si aucune action n'est entreprise, la crise céréalière pourrait avoir des répercussions plus larges sur la sécurité alimentaire en France.
Cette situation complexe a attiré l'attention des organisations agricoles et des médias, remettant en question le statut de l’agriculture française en tant que bastion d’innovation et de sécurité alimentaire face à des défis économiques globaux accrues.







