Le président Emmanuel Macron a annoncé un investissement d'un milliard d'euros pour développer des technologies innovantes dans le secteur nucléaire, notamment des petits réacteurs SMR. Toutefois, les premiers chantiers en France ne sont pas attendus avant 2030. À l'inverse, le Canada affiche déjà ses ambitions. Ontario Power Generation (OPG) vient d'atteindre une étape cruciale dans la construction de son premier SMR à Darlington, avec l'installation d'une dalle de fondation de 953 tonnes au fond d'un puits de 35 mètres de profondeur, ce qui équivaut au poids d'un Airbus A380 rempli.
Cette première phase de construction du BWRX-300, développé par GE Vernova Hitachi, représente une puissance de 300 MW, ce qui pourrait alimenter plus de 300.000 foyers à lui seul. Au total, le Canada envisage de construire quatre unités sur le site pour atteindre une puissance globale de 1.200 MW.
Ce projet est scruté au-delà des frontières canadiennes, car il pourrait significativement influencer l'avenir des SMR, souvent considérés comme une évolution nécessaire de l'énergie nucléaire. Le principe est de créer des réacteurs plus compacts, standardisés, permettant de réduire à la fois les coûts et les délais de construction. Cependant, jusqu’à présent, cette promesse d'efficacité n'a pas été démontrée sur une échelle significative dans les pays occidentaux.
Un projet colossal de 20,9 milliards CAD
Le coût total du projet canadien s'élève à environ 20,9 milliards de dollars canadiens (près de 13 milliards d'euros) pour les quatre réacteurs, avec des effets économiques anticipés considérables, incluant la création de milliers d'emplois durant la construction et l'exploitation postérieure.
Actuellement, le Canada est le leader du G7 dans le développement des SMR. La Commission canadienne de sûreté nucléaire a autorisé la construction du BWRX-300. Une licence d'exploitation sera néanmoins nécessaire pour commencer à produire de l'électricité.
Technologiquement, le BWRX-300 repose sur une version modernisée de la technologie à eau bouillante, déjà en usage depuis des décennies. GE Vernova souligne les systèmes de sécurité basés sur la circulation naturelle de l'eau, réduisant la dépendance à certaines machines, ce qui simplifie la construction et contribue à abaisser les coûts.
Une France à la traîne
Face à l'accélération des travaux au Canada, la France apparaît plus mesurée. Paris reste engagé dans le développement des SMR via EDF, qui avance son projet Nuward, tandis que plusieurs start-ups travaillent sur des concepts variés. Cependant, aucun projet français n'est encore en phase de construction, et EDF a dû réévaluer sa stratégie récemment. La société s'est retirée de la course aux petits réacteurs nucléaires au Royaume-Uni, interprété par certains comme une remise en question de ses ambitions technologiques.
Les sceptiques du modèle économique des SMR soulignent que l'industrie nucléaire bénéficie souvent d'économies d'échelle, qui pourraient pénaliser les petits réacteurs. Le projet avorté NuScale aux États-Unis, dû à une flambée des coûts, a renforcé ces doutes.
Pour de nombreux experts, le succès des SMR dépendra d'une production en série, similaire à celle des avions ou des turbines industrielles. Or, aucun fabricant occidental n'a encore réussi à atteindre ce stade, comme le décrit l'agence de l'énergie nucléaire de l'OCDE. L'enjeu de Darlington sera de prouver la viabilité économique de cette technologie.
En outre, les usages potentiels des SMR évoluent. D'initialement destinés à être de mini-centrales électriques, ils pourraient également servir à alimenter des centres de données, produire de l'hydrogène ou fournir des réseaux de chaleur urbains. Emmanuel Macron a récemment annoncé un financement de 90 millions d'euros pour deux projets de mini-réacteurs, Jimmy et Calogena, qui se concentrent sur la fourniture de chaleur plutôt que d'électricité.







