Nicolas Dufourcq, directeur de la Banque publique d’investissement (Bpifrance), livre un bilan sévère sur l’évolution de notre protection sociale, jugée de plus en plus fragile pour la jeunesse.
Dans votre ouvrage « La Dette sociale de la France », vous mettez en lumière l'urgence de repenser le financement de notre protection sociale. Est-il vrai que nous sommes à un tournant ?
Effectivement, chaque trimestre qui s'écoule est une opportunité manquée pour ajuster des systèmes comme celui des retraites, déjà en déséquilibre avec notre système de santé. Ce débat devrait transcender la politique : la question n’est ni de gauche ni de droite. La société française vieillit, et les actifs deviennent de plus en plus rares par rapport à nos voisins européens. L’épargne des retraités augmente, alors que nos enfants héritent d’un fardeau financier croissant. Une prise de conscience collective s’avère essentielle pour garantir un avenir viable à notre système.
Comment réussir à repousser l’âge de la retraite face à une forte opposition des salariés ?
Il est crucial de faire comprendre aux Français qu'ils ne peuvent pas transférer la responsabilité d’une telle décision sur les seuls élus. Environ 58 % de la dette provient des prestations sociales. D’un point de vue éthique et intergénérationnel, cela n'est pas soutenable. Nous ne pouvons décemment pas expliquer à nos jeunes qu'ils portent le poids des dettes générées pour financer le quotidien de leurs parents et grands-parents.
« Il va falloir qu’on fasse reculer un peu la société du loisir »
Vous vous positionnez comme un lanceur d’alerte, à l’instar de la Cour des comptes, n'est-ce pas ?
Oui, le rôle des dirigeants est de dire la vérité aux citoyens. Si la société choisit de se taire, elle ne pourra jamais se réformer. Nous, à la tête des grandes institutions telles que la Banque de France ou la Caisse des dépôts, sommes en possession d'informations précieuses sur notre système de redistribution. Il est impératif d’en parler, même si cela dérange.
Une des missions de Bpifrance implique de soutenir l'innovation. Quels sont vos investissements dans ce domaine ?
Nous consacrons trois milliards d’euros par an en subventions et prêts pour l'innovation, ainsi qu'un milliard pour les fonds de fonds. Nous mettons également 500 millions d’euros en investissements directs. Tous les secteurs, notamment les PME, qui détiennent souvent des projets prometteurs, bénéficient de notre soutien. Grâce à cela, ils peuvent anticiper les changements de marché et se positionner à l’international, ce qui est crucial face à la concurrence mondiale.







