Imaginez un avenir où l'humanité réside à la fois sur Terre et Mars, voyageant de Paris à Shanghai en fusée, et délocalisant ses centres de données dans l'espace. C'est la vision qu'Elon Musk, le milliardaire fondateur de SpaceX, présente aux investisseurs alors que son entreprise se prépare à une entrée en Bourse inédite.
Son directeur financier, Bret Johnsen, assure dans une vidéo que "nous réalisons ce que d'autres jugent impossible", soulignant les avancées spectaculaires de SpaceX qui, en 20 ans d'existence, a su développer des fusées partiellement réutilisables, surpassant ainsi ses concurrents sur le marché spatial.
Robert Zubrin, ingénieur et président de l'association Mars Society, souligne cependant que les promesses de Musk reposent souvent sur des délais irréalistes. "SpaceX a accompli de grandes choses, oui, mais les déclarations de Musk doivent parfois être prises avec prudence", affirme-t-il, évoquant ses projets souvent retardés.
Lorsqu'il s'agit d'une colonie martienne d'un million de personnes, beaucoup d'experts, bien que pas totalement sceptiques sur la possibilité d'envoyer des hommes sur Mars, estiment que la colonisation reste pour l'heure un objectif démesuré. Christian Bach, responsable de transport spatial à l'université technique de Dresde, décrit cette ambition comme "pas réaliste". Selon lui, les défis technologiques et biologiques à surmonter sont bien trop importants.
Pour relier la Terre à Mars, SpaceX espère utiliser sa fusée Starship, qui est encore en phase de développement. Toutefois, et comme l'indique Scott Hubbard, ancien responsable de la NASA, des systèmes avancés pour le recyclage de l'eau et de l'oxygène seront essentiels pour garantir la survie des astronautes.
"Ils donnent l'impression de pouvoir y arriver seuls, mais en réalité, la NASA devra inévitablement intervenir", affirme Hubbard. Avant même d'entamer les voyages vers Mars, SpaceX doit également réaliser un ravitaillement en orbite, une opération complexe qui n'a encore jamais été effectuée.
Bien que le potentiel de l'entreprise soit indéniable, les doutes subsistent sur la faisabilité de ses projets. SpaceX mise sur plusieurs lancements pour ravitailler une fusée en orbite, une opération qui pourrait prendre beaucoup plus de temps que prévu.
"Ils ont d'excellents ingénieurs, donc je pense qu'ils finiront par résoudre ces problèmes, mais la question qui demeure est : dans quel délai ?", ajoute Hubbard.
En parallèle de cette ambition martienne, Musk multiplie les projets avec une nouvelle version de Starship pour rivaliser avec les avions de ligne, un alunisseur pour le programme Artemis de la NASA, et une constellation de satellites pour l’IA. Si le déplacement de ces infrastructures loin de la Terre fait rêver certains, de nombreux experts restent sceptiques.
"Surmonter les obstacles techniques est un défi, mais l'aspect économique est tout aussi critique", prévient Kathleen Curlee, analyste spatiale à l'université Georgetown. Pour Robert Zubrin, tout cela n’est qu’un argument marketing, qualifiant le projet de "fiction" et d'illusoire.
Avec les financements de l'entrée en Bourse, Musk pourrait allouer encore plus de ressources à des projets, mais le spectre de l'échec plane, comme en témoigne l'explosion d'une fusée concurrente de Jeff Bezos. Zubrin conclut en faisant le parallèle avec Napoléon Bonaparte : "S'il échoue, ce sera parce qu'il n'a pas su entendre les mises en garde, tout comme Napoléon, qui croyait que tout lui était possible."







