"Avez-vous déjà entendu parler des nouvelles aides disponibles ?" Il est à peine midi, et voilà que vous raccrochez déjà la deuxième fois de la journée, harcelé par un démarcheur cherchant à vendre des contrats d’énergie ou des panneaux solaires. Ces situations pénibles sont de plus en plus fréquentes.
Selon l'Arcep, l'autorité de régulation des télécoms, les plaintes pour démarchage téléphonique ont bondi de 1 100 % en deux ans. Les usurpations de numéro et les appels frauduleux sont en première ligne de cette explosion.
Un développeur face à l'angoisse du démarchage
Camille Bouvard, un développeur, a décidé de mettre à profit un dimanche après-midi, durant une période d'immobilisation. "Je voulais créer quelque chose d'utile, non seulement pour moi, mais aussi pour mes proches", explique-t-il.
En un temps record, il développe Saracroche, une application qui non seulement bloque mais filtre les appels indésirables. Le nom de l'application, inspiré d'une blague enfantine, attire l'attention. Saracroche repose sur une base de données de près de 14,5 millions de numéros identifiés comme étant associés à des pratiques de démarchage.
Un défi d'équilibre
Bouvard s’efforce de maintenir un équilibre délicat entre bloquer efficacement les numéros indésirables tout en laissant passer les appels légitimes. "Si je bloque trop large, je vais aussi priver les utilisateurs d'appels qu’ils désirent réellement recevoir", confie-t-il.
Saracroche utilise des plages de numéros reconnus par les autorités comme problématiques, représentant environ 90 % du démarchage téléphonique. Cependant, l'application évolue continuellement par le biais des signalements des utilisateurs pour raffiner ses filtres.
Un contexte législatif préoccupant
Bien que des mesures comme la liste Bloctel aient été mises en place, Bouvard reste sceptique quant à leur efficacité. "La plupart des sociétés de démarchage opérant en France sont basées à l’étranger et ne respectent pas les lois françaises", précise-t-il.
Saracroche : une solution bénévole
La manière dont Saracroche se distingue des autres applications similaires est particulièrement marquante. L'application est entièrement gratuite et, contrairement à des solutions comme Orange Téléphone, ne propose pas un modèle d'abonnement ni de publicité intrusive.
"On ne souhaite pas que nos utilisateurs aient à se soucier de la vente de leurs données", souligne Bouvard. Tout en continuant de développer l’application seul, le créateur s'ouvre à la possibilité de partenariats d'entreprises pour élargir la portée de son offre.
Une vision pour l’avenir
Avec un projet de filtrage des SMS frauduleux et des alertes en temps réel, Saracroche ne compte pas s'arrêter là. En plus de se tailler une place solidement ancrée en France, Bouvard espère étendre son initiative à d’autres pays européens, comme la Belgique ou l'Espagne.
Le succès de Saracroche témoigne d’un besoin croissant de protection contre les sollicitations intrusives à l’ère numérique. "Si un investisseur souhaite participer à l’aventure, je serais ravi d’accueillir l'aide", conclut-il avec humour.







