Après 16 années à la tête du gouvernement hongrois, Viktor Orbán cède désormais le flambeau à Péter Magyar. Anciennement un jeune libéral, Orbán a évolué pour adopter des politiques conservatrices et nationalistes, marquant ainsi de manière significative la société hongroise. Parmi ses décisions marquantes, on trouve l'extension du temps de travail, par une loi votée en 2018, permettant d’augmenter les heures supplémentaires jusqu'à 400 heures par an.
Ces dernières années, confronté à une croissance atone depuis 2023 et les conséquences économiques de la pandémie, Orbán a tenté de regagner le soutien du public en proposant des gestes en faveur des retraités et en contrôlant les prix des carburants en réponse à une inflation persistante. Dernièrement, il a promis d'augmenter le SMIC de 40% lors des élections législatives.
Le mandat d'Orbán laisse derrière lui ce que certains désignent comme un "Orbanistan", un système où la corruption et le népotisme sont perçus comme endémiques. Des cas notables de favoritisme, comme celui de Lőrinc Mészáros, un homme d'affaires devenu milliardaire grâce à des contrats publics, illustrent cette critique que Péter Magyar veut désormais combattre.
Péter Magyar, l'homme qui voulait en finir avec l'Orbanistan
En tant qu'ancien membre du Fidesz, le parti d'Orbán, Péter Magyar a réussi à convaincre une partie de l'opposition et ceux déçus par l'ancien régime. Son parti, le Tisza, a remporté 138 sièges sur 199, recueillant 53,56 % des voix.
Contacté par BFM Business, Assen Slim, spécialiste des mutations économiques en Europe de l'Est, a mis en avant le désir de Magyar de normaliser les relations de la Hongrie avec l'Union européenne. Pour cela, il vise le déblocage de 19 milliards d'euros de fonds actuellement gelés en raison de manquements à l'État de droit. "Il fait campagne sur des arguments anticorruption", note Slim.
Parmi ses propositions, deux réformes fiscales retiennent l'attention : une taxe de 1 % sur les fortunes dépassant 1 milliard de forints et une réduction de l'impôt sur le revenu pour ceux gagnant moins que le salaire médian.
Un scrutin sismique pour l'Europe
Bien que les élections hongroises aient eu lieu à distance de plus de 1.200 kilomètres de Paris, leurs implications résonnent au-delà des frontières. Budapest, souvent qualifiée 'd'obstacle à l'intégration européenne', pourrait voir sa position évoluer avec la victoire de Magyar, alors même qu'Orbán a mis son veto à des propositions cruciales telles qu'un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine.
Pourtant, la position de Magyar sur l'Ukraine reste nuancée. Comme l'observe Assen Slim :
"Il a déjà prévenu qu'il n'enverrait pas d'armes à Kiev et exige le rétablissement des livraisons de pétrole russe via l'oléoduc de Droujba, ce qui pourrait engendrer des tensions."
Malgré cela, l'Europe perçoit Magyar comme une opportunité de réduire l'influence russe et chinoise en Hongrie. Le changement ne sera pas instantané, mais la dynamique de Budapest semble amorcer un retour vers le projet européen, illustrée par des rassemblements symboliques marquant la fin de l'ère d'Orbán.







