Les élèves du département le plus défavorisé de France métropolitaine subissent des conditions d'apprentissage de plus en plus précaires. C’est ce que l’intersyndicale d'éducation dénonce, après des années de lutte pour faire entendre leurs voix.
Les représentants de la CGT Éduc’Action, de la CNT, de la FSU et de Sud Éducation, qualifient leur colère de « sidérante » et parlent « d’une profonde indignation », comme l’a souligné Tony Tremblay, membre de la SNES FSU 93. Ce collectif a lancé un mouvement historique pour demander un plan d’urgence, en interpelant le ministère durant la période de 2024 à 2025.
Ce mouvement s’est appuyé sur un plan d’urgence concret, élaboré après un diagnostic précis effectué depuis septembre 2023. Ce travail de terrain devait obliger le ministère à réagir. Toutefois, après la dissolution ayant eu lieu en juin 2025, les espoirs ont été douchés. Le fait qu’une délégation ait pu être accueillie le 12 mars à la rue de Grenelle aurait pu constituer, dans d’autres circonstances, un signe d’ouverture.
Une dépense par élève inférieure de 30 % à la moyenne nationale
Pourtant, la réalité est choquante : « Nous avons été reçus par une personne qui semblait découvrir la situation », explique Louise Paternoster de la CGT Éduc’Action 93. « Alors que nos revendications sont constantes depuis deux ans ». La disparité s’observe dans les chiffres : la dépense par élève en Seine-Saint-Denis est inférieure de 30 % à la moyenne nationale, atteignant 6 200 euros par an contre 8 840 euros. Cette situation est accentuée par un taux alarmant de non-remplacement des enseignants absents et des conditions inacceptables pour les élèves en situation de handicap.
Il convient de noter que deux tiers des établissements de Seine-Saint-Denis sont classés en éducation prioritaire, un statut censé garantir des moyens supplémentaires.
En 2023, la rentrée scolaire a révélé un manque de 400 postes dans le primaire, ce qui signifie qu'une école sur deux manquait d’au moins un enseignant. En 2026, la baisse démographique pourrait entraîner de nouvelles suppressions, mettant à mal encore plus le système éducatif.
Dans le secondaire, la situation est paradoxale : avec une augmentation prévue du nombre d’élèves, les 25 postes nécessaires pour faire face à ce surcroît doivent également être pourvus. Le plan d’urgence, quant à lui, avait estimé le besoin en personnel à environ 358 millions d’euros pour des rôles variés, allant des AESH aux professionnels de santé.
« L’égalité territoriale, un droit élémentaire pour nos élèves »
Face à cette réalité, Paternoster explique qu’on leur a indiqué que des efforts avaient été faits pour prendre en compte les particularités de l’académie de Créteil : « Il y a bien des suppressions, mais moins qu’ailleurs ». Élèves, familles et enseignants devraient s’en satisfaire, ce que les syndicats contestent vigoureusement. « Nous réclamons l’égalité territoriale », demande la militante, c’est un droit élémentaire pour tous nos élèves ».
Son collègue de la FSU insiste : « Nous exigeons la reprise des négociations avec des interlocuteurs compétents, sans pour autant avoir à tout reprendre à zéro ». La menace d’une reprise de la mobilisation plane donc, tant les attentes restent largement insatisfaites.







