Installée à Vancouver, la journaliste allemande Susanne Grautmann partage son expérience dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, évoquant le choc culturel que représente l'optimisme canadien pour une Européenne habituée au pessimisme. Sa chronique explore comment s’expatrier au Canada signifie, entre autres, désapprendre cette tendance négative profondément enracinée dans la culture allemande.
Elle décrit la surprenante attitude des Canadiens face à l'adversité, même par -50°C. Dans son récit, elle cite les paroles apaisantes de ses compatriotes : “Je vais très bien, merci”, qui contrastent fortement avec la propension allemande à anticiper les difficultés. Grautmann souligne :
“Alors que nous, Allemands, sommes notoirement champions du gémissement et du pessimisme, les Canadiens ont le talent de regarder chaque expérience à travers des lunettes couleur sirop d’érable.”
Les petits moments du quotidien, comme le récit de son ascension à vélo d'une colline de Vancouver, illustrent cette philosophie. Épuisée, elle se plaint à un voisin qui lui répond : “Je sais, c’est un excellent exercice, n’est-ce pas ?” Cette manière de reformuler un effort difficile en une opportunité positive est emblématique de la mentalité canadienne.
Lorsque la journaliste envisage de visiter le Yukon en plein hiver, sa préoccupation concernant les températures extrêmes est accueillie avec enthousiasme : “Oh, il fait -50°C.” Face à son hésitation, son interlocutrice lui assure que la différence entre -20 et -50°C est minime, soulignant que seules l'équipement et l'approche logistique doivent s'adapter.
Grautmann note que, là où la vie publique en Allemagne peut être paralysée lorsque le thermomètre descend en dessous de -5°C, au Canada, on ajuste simplement sa tenue et on continue. Au cours d'une finale de volley-ball, une maman canadienne lui lance : “C’est exactement comme cela qu’une finale de championnat doit être ! Pour le titre, il faut se battre, sinon ce n’est pas amusant.”
À travers toutes ces interactions, Grautmann finit par réaliser qu'elle est une “10 sur 10 sur l’échelle des esprits prudents”. Son expatriation lui enseigne ainsi l'art canadien de “regarder le soleil par -50°C”.







