L’histoire de la corrida dans le Sud-Ouest a connu un tournant le dimanche 3 juillet 2005. Pour la première fois depuis 152 ans, un toro de corrida a été gracié, provoquant une effervescence au sein d'une aficion passionnée. Cette tradition remonte aux origines des corridas « à la mode espagnole » commencées à Bayonne en 1853, mais c'est réellement depuis cette date cruciale que l'histoire des corridas se réécrit.
Antérieurement, bien que des cas d'indultos aient été observés, comme celui de Jaquerito par Manzanares en 1989 ou d'Idealista par Fernando Cruz en 2004, aucune grâce n’avait été accordée à un toro mature de cet acabit. C'était un moment attendu et précieux pour les aficionados.
D'une lignée fabuleuse
Gironcillo, le n°34, a eu son premier contact avec le sable gersois à 19h48 : « Attention, ce toro vient d'une lignée fabuleuse », a averti l'éleveur Juan Pérez-Tabernero, visiblement ému. Sourdant avec une prestance typique de la lignée Atanasio, Gironcillo a d'abord hésité à se fixer à l'arène, mais tout a changé face à la cavalerie. Marc Raynaud, le picador de Lescarret, a su contrôler avec brio les attaques successives du toro, assurant que le spectacle captivait tous les spectateurs.
« Les arènes se sont peu à peu transformées en pigeonnier pour célébrer ce moment de grâce », s’émerveille un critique taurine local.
Au moment des banderilles, Lescarret a compris qu’il devait mettre en avant Gironcillo, le conduisant à faire preuve d’une grande maîtrise et à enchaîner des passes époustouflantes.
Au grand étonnement du public, Lescarret s'est abstenu d'achever le toro avec l’épée, confirmant son choix de clore cette rencontre de manière spirituelle. Les mouchoirs blancs ont flotté dans l’arène et pour la première fois en 150 ans de corrida, un mouchoir orange, symbole d’indulto, s’est dressé avec fierté.
Une fin tragique et un lien éternel
Malheureusement, Gironcillo ne vivra pas longtemps après, décédant dans ses pâturages à Salamanque, laissant à Lescarret un regret immense de ne jamais avoir pu le revoir. Les toreros, ayant vécu cette expérience unique, sont souvent vus rendant hommage à leur toro en effectuant un pèlerinage dans son domaine.
Pour Julien Lescarret, cette journée reste gravée dans les mémoires. L’histoire des corridas du Sud-Ouest continue d’évoluer, élargissant l'horizon de l'aficion.
« Ce jour-là, j’étais sur le point de tirer au sort les toros avec mes babouches jaunes, un choix qui a surpris la cuadrilla. Le jaune est souvent associé au malheur », se rappelle-t-il, amusé. Mais ce jour-là, ces babouches lui ont apporté la chance et un moment inoubliable.







