Pour un tournant majeur de sa carrière politique, Marine Le Pen se retrouve mardi à la barre du procès d'appel concernant les assistants parlementaires du Rassemblement national (ex-Front national). Son témoignage pourrait peser lourd dans la balance de sa candidature à la présidentielle de 2027.
Dans le cadre solennel de la première chambre du palais de justice de Paris, la présidente du RN sera interrogée, non seulement mardi après-midi, mais tout au long de la journée de mercredi, par la magistrate Michèle Agi ainsi que par les avocats des différentes parties. Les accusations portent sur des pratiques de financement illégales entre 2004 et 2016, lorsque le FN, en proie à des difficultés économiques liées à de piètres résultats électoraux, aurait payé des salariés avec des fonds du Parlement européen.
Récemment, lors d'un déplacement à Marseille, Le Pen a affirmé son engagement pour défendre son honorabilité. "Je ne veux pas plaider devant la presse," a-t-elle dit, soulignant sa volonté de conserver un certain optimisme en faisant appel de sa condamnation. En première instance, le tribunal correctionnel de Paris l'a jugée coupable, et l'a sanctionnée d'une inéligibilité de cinq ans, un coup dur alors qu'elle dominait les intentions de vote pour le premier tour de l'élection présidentielle.
Au cœur de cette affaire, la justice a estimé le préjudice financier à 3,2 millions d'euros, montant qui tient compte des fonds remboursés par certains des prévenus. Le timing du procès n'est pas anodin : la montée en puissance de l'extrême droite, illustrée par la présence de 120 députés du RN à l'Assemblée nationale, pourrait être compromise si Le Pen devait abandonner ses ambitions présidentielles au profit de son protégé Jordan Bardella.
Lors de ses premières déclarations en appel, Le Pen a insisté sur le fait qu'elle n'avait jamais ressenti la moindre culpabilité dans cette affaire et que le Parlement européen aurait dû jouer un rôle d'alerte. L'institution européenne n'a pas tardé à répondre, soulignant que le système mis en place avait permis à certains assistants de travailler principalement pour le parti. Didier Klethi, directeur général des finances du Parlement, a indiqué que l'affaire avait révélé une "organisation bien rodée", mettant en lumière des pratiques douteuses au sein du FN.
Parallèlement, sur la même journée où Marine Le Pen s'exprime, la 17e chambre correctionnelle examinera une affaire de diffamation la concernant, liée à un tweet où elle aurait associé une étudiante à l'islam radical en raison de son apparence. Ce télescopage judiciaire témoigne des tensions accrues entourant sa figure, déjà contestée par certains observateurs, comme l'analyste politique Émilie Chevalier, qui estime que la situation judiciaire de Le Pen pourrait sceller son avenir politique.







