ENTRETIEN. Dans un monde en proie à des conflits de haute intensité, le défilé du 14-Juillet sous un nouveau jour selon Christophe Gomart, ancien directeur du renseignement militaire, évoquant ainsi sa fonction de démonstration de puissance nationale. Il préconise une série d'investissements conséquents et une mobilisation des effectifs militaires pour préparer les Français à un avenir incertain.
Valeurs actuelles. À une époque où les crises s’intensifient à l'échelle mondiale, le défilé du 14 juillet a-t-il perdu de sa magie festive pour devenir un instrument de démonstration military? Christophe Gomart. Le défilé est bien plus qu’un simple événement ; c’est un message fort. En effet, il s’adresse tant aux citoyens français qu’à nos alliés et adversaires. Ce spectacle révèle notre capacité à nous déployer rapidement aux côtés de nos partenaires militaires. Cela dit, cette façade cache une réalité préoccupante. Actuellement, nos forces armées manquent des moyens nécessaires à un véritable réarmement. Le décalage entre les annonces et la situation actuelle est frappant.
Nous pouvons démontrer notre capacité à projeter une brigade de 5 000 à 7 000 militaires en quelques jours, performance admirable de nos forces, mais il est essentiel de se demander combien de temps nous pourrions tenir face à un conflit majeur. Nos armées manquent réellement de munitions, d’équipements et d’effectifs. Au cours des dernières trois décennies, nous avons réduit notre format militaire, pensant que les grandes guerres étaient derrière nous alors que la guerre est à nouveau une réalité en Europe.
Je plaide pour un changement de cap radical : il est urgent de porter notre effort de défense à 100 milliards d'euros par an, de reconstituer un stock crédible de matériel et de renforcer nos capacités opérationnelles.
Concernant le retour des guerres en Europe, le défilé revêt une nouvelle dimension stratégique. Après des décennies de tranquillité, l'Europe est à nouveau confrontée à des menaces. Comme l'indique Gomart, l'invasion de l'Ukraine nous rappelle à quel point la sécurité est fragile. La France, étant la seule puissance nucléaire de l’Union européenne, a la responsabilité d'assumer cette charge. Ce n'est pas d'illusions que nous devrions rassurer, mais de préparer le pays aux incertitudes.
En plus, le défilé du 14 juillet ne suffit pas à lui seul à dissuader une agression : la vraie dissuasion repose sur la volonté d'un peuple à se défendre et la crédibilité de ses moyens militaires. Or, les gouvernements récents ont, par leur réduction des effectifs militaires, affaibli notre capacité de dissuasion. La dissuasion nucléaire reste un atout majeur, certes, mais elle ne peut pas faire abstraction de mesures conventionnelles robustes.
À cet égard, il est également crucial de souligner que l’UE ne devrait pas considérer l’OTAN comme une garantie infaillible. Rien n'assure que les États-Unis poursuivront toujours leur engagement militaire dans notre défense. C’est pourquoi Gomart appelle à créer un état-major européen pour coordonner les opérations militaires et s'assurer que la défense de l'Europe ne soit pas uniquement tributaire de puissances extérieures.







