La célèbre tapisserie de Bayeux a traversé la Manche pour retrouver temporairement Londres, exposée au British Museum pendant un an. Son trajet, effectué dans des conditions privilégiées, renforce le contraste avec les périples chaotiques qu'elle a connus au fil des siècles.

Ce voyage est marqué par le contexte culturel et diplomatique d'après Brexit, avec un prêt symbolique de la France au Royaume-Uni, au moment où Emmanuel Macron cherche à renforcer les relations entre les deux pays. De Standaard souligne que, depuis sa création, cette pièce a eu un but politique, représentant l'invasion normande d’Angleterre et la bataille de Hastings de manière très engagée.

La tapisserie, qui mesure près de 70 mètres de long, est souvent décrite comme un "chat à neuf vies" par l'historienne Carola Hickx, dont le livre, The Bayeux Tapestry. The Life Story of a Masterpiece, montre comment cette œuvre a survécu à maintes épreuves historiques, du Moyen Âge à la Révolution française. Son stockage dans la cathédrale de Bayeux témoigne d'un parcours tumultueux, entre conservation et reconnaissance.

Au fil des siècles, son appropriation par différents acteurs a suscité des controverses. Dans les années 1800, Napoléon a souhaité l’exposer à Paris pour asseoir l’identité française, alors qu’au XXe siècle, Heinrich Himmler voyait en elle une glorification de la soi-disant supériorité aryenne. Cette vision déformée des Normands, présentés comme des Germains seigneurs des mers, illustre les usages politiques de cette œuvre, souvent détournée à des fins de propagande.

Malgré des tentatives d'appropriation, la tapisserie de Bayeux reste avant tout un témoignage artistique et historique inestimable, enchâssé dans des narrations complexes qui, de Napoléon aux nazis, mettent en lumière les nombreux visages d'un patrimoine commun européen.