Au milieu d'un paysage vaste et dégagé, où les champs verdoyants d'un côté côtoient des lignes électriques de l'autre, Fouju s'apprête à accueillir le plus grand data center d'Europe. Des pelleteuses, présentes sur le site, signalent le début des travaux, tandis que des équipes d'archéologues investiguent des vestiges potentiels datant de plusieurs siècles. Le chantier monumental, appelé Campus IA, doit s'étaler sur 86.000 m², soit près de 90 hectares, alors que le permis de construire a déjà été délivré.
Ce projet d'envergure suscite de fortes inquiétudes parmi les habitants. "Ce projet est incroyablement démesuré, un tel centre sur des terres agricoles, c'est impensable," s'étrangle Christophe Roturier, représentant de France Nature Environnement. Le projet, qui intègre onze bâtiments d'environ 20 mètres de haut et plus de 600 générateurs, vise à devenir un pilier de l'intelligence artificielle et du numérique en France, soutenu par le gouvernement français lors de l'événement Choose France.
De nombreuses inquiétudes
Les opposants remettent en question l'impact environnemental de ce projet colossal. "Des structures de cette taille dans un espace agricole vont avoir des conséquences visibles sur des kilomètres," s'inquiète encore Roturier. L'impact sur le paysage, et plus particulièrement sur des sites touristiques emblématiques comme le château de Vaux-le-Vicomte, pourrait avoir des répercussions néfastes sur le tourisme local.
Sophie Gauthier, de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), signale que le site abrite des espèces protégées telles que des chauves-souris et des oiseaux migrateurs. "L'intégrité écologique de cette région est en jeu ; ce projet ne concerne pas uniquement ceux qui vivent à Fouju," affirme-t-elle. D'autres comme Pauline Isambert, élue à la chambre d'agriculture, s'alarment de l'artificialisation des terres agricoles, soulignant que de telles ressources devraient plutôt être utilisées pour une agriculture durable.
Des retombées pour le territoire
Face à ces objections, Christian Poteau, président de la communauté de communes de la Brie des rivières et Châteaux, défend le projet. Selon lui, ces terres ne sont plus considérées comme agricoles et ont été dédiées à des fins industrielles depuis trois décennies. "Chaque projet présente des risques, mais nous serons vigilants sur les questions de pollution," assure-t-il.
Les impacts économiques, notamment la création d’emplois et l'attractivité régionale, font également partie des arguments en faveur de l'implantation de ce data center. Cependant, les craintes des opposants subsistent : "Nous craignons que les emplois créés ne soient pas durables ou qualifiés," souligne un membre d'une association locale.
Avec des tensions palpables dans la communauté, de nombreuses voix s'élèvent pour demander un prolongement de l'enquête publique, initialement prévue jusqu'au 30 mai. Les résultats de cette enquête seront cruciaux pour déterminer l'avenir de ce projet et sa compatibilité avec les aspirations écologiques et sociales de la région.







