Le Conseil de Paris a pris une décision marquante mercredi soir en attribuant la concession de l'organisation du marathon de Paris pour les années 2027 à 2030 au groupement Cadence. Ce vote, qui aurait dû sembler administratif, s'est transformé en un casse-tête politique.
Au cœur des débats se trouvait Havas Events, une agence dont la majorité du capital appartient à la famille Bolloré. Ce nom a jeté un froid dans les discussions au sein de l'Hôtel de Ville. Malgré les tensions, une décision a été prise peu avant 22 heures et la délibération a été adoptée.
Un projet qui divisent
Le projet proposé par Cadence, qui inclut des innovations telles que des zones accessibles aux personnes handicapées et des ravitaillements sans emballages, a cependant été éclipsé par l'inquiétude liée à la participation de Havas Events. De nombreux élus de gauche, dont des écologistes et communistes, se sont fermement opposés à cette collaboration, arguant qu'elle menaçait l'intégrité du mouvement sportif. Guillaume Durand, coprésident du groupe écologiste, a déclaré : "Rien ne doit appartenir à Bolloré, il porte un projet identitaire."
Les critiques se sont intensifiées, notamment de la part d'Émile Meunier de LFI, qui a mis en doute l'expérience de Cadence dans l'organisation d'événements d'une telle ampleur et a évoqué des “surprises” financières à venir.
Paradoxalement, ce sont des élus de droite qui ont soutenu le choix du maire Emmanuel Grégoire, soulignant l'importance de privilégier l'intérêt des Parisiens et des coureurs. Pierre Liscia a insisté sur la nécessité d'évaluer l'offre de manière pragmatique : "Les éternels rabat-joie trouveront toujours le moyen de gâcher la fête avec un débat idéologique."
Le MoDem, qui a choisi de s'abstenir, a fait part de son inquiétude quant au changement d'organisateur, ASO ayant déjà fait ses preuves depuis 1998. Sandro Gozi a exprimé son étonnement face à l'absence d'expérience de Cadence, notant que même les organisateurs du marathon de New York avaient pris des notes l'année précédente sur les efforts de réduction du plastique menés par ASO.
Jérôme Coumet, de la gauche, a tenté de calmer les esprits en soulignant que le marathon de Paris ne devrait pas être un sujet de lutte idéologique, rappelant que la Ville avait déjà collaboré avec Havas Events pour des événements tels que la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024.
Maxime Sauvage, adjoint aux Sports, a clôturé le débat sur une note optimiste en présentant l'offre de Cadence, qui se veut innovante : un parcours révisé pour dynamiser les quartiers de la capitale, des événements pour les enfants, des formules adaptées pour les personnes handicapées, et un engagement fort dans la durabilité, avec l'objectif d'éliminer entièrement le plastique.
Quant à la présence de la famille Bolloré, l'élu a affirmé : "Le marathon de Paris ne sera pas utilisé comme un instrument pour des luttes politiques, et nous saurons agir au moment opportun si nécessaire." Les nouveaux organisateurs disposent désormais de 10 mois pour préparer le prochain semi-marathon.







