Depuis quinze jours, l'entreprise Linxens, spécialisée dans la fabrication de connecteurs pour cartes à puce, est paralysée par un mouvement de grève sans précédent. Cette situation alarmante témoigne d’un profond malaise parmi ses employés, qui évoquent des conditions de travail déplorables et un climat de peur. L'entreprise, bien que leader mondial, fait face à une crise économique et sociale inquiétante.
À Mantes-la-Jolie (Yvelines), le site de Linxens, longtemps reconnu pour son savoir-faire, peine à maintenir sa production. Les employés, rares sont ceux à oser en parler librement. Selon un salarié sous anonymat, l’ambiance dans les couloirs est devenue insoutenable : « On vient au travail avec la boule au ventre. »
La grève actuelle est un cri du cœur – elle est née de la détresse des travailleurs qui se sentent menacés et harcelés. Ils expriment leurs peurs, se sentant « terrorisés » par la direction. « Nous avons observé une pression croissante et des accusations de licenciement sur certains d'entre nous », témoigne un délégué syndical en expliquant que certains collègues sombrent dans le désespoir.
Des conditions de travail jugées insupportables
Une salariée, bouleversée par la situation actuelle, confie : « Je me cache aux toilettes par crainte de croiser ma responsable. Aujourd'hui, la grève me permet de respirer un peu loin de ce quotidien oppressant. » Les problèmes rencontrés dans l’entreprise, tels que les menaces de licenciement et la surcharge de travail, semblent leur faire perdre le goût de travailler.
Ce climat de travail difficile coïncide avec l'arrivée d'un nouveau fonds d'investissement, d'origine chinoise. Ce changement d'actionnariat, selon certains employés, aurait aggravé les tensions sur le lieu de travail. « Ils ne comprennent pas que notre culture de travail est différente de celle de Singapour où les journées de 42 heures sont la norme », dénonce un syndicaliste. « Ils ont acheté l'entreprise simplement pour exploiter notre technologie. »
Un secteur en mutation
Les défis économiques se superposent aux problèmes internes. Depuis la pandémie de Covid-19, la demande pour les cartes à puce a décliné, impactée par l'essor des paiements numériques. Linxens, qui comptait autrefois 450 employés, n'emploie plus que 180 personnes, et la production a chuté de 30 % entre 2023 et 2024.
Pourtant, la direction assure qu'elle œuvre pour la pérennité de l’entreprise. « Nous avons investi 2,3 millions d’euros cette année et cherchons à diversifier notre activité, notamment vers le secteur médical », déclare Alek Melis, directeur du site. Toutefois, il admet que la situation sociale doit être améliorée. « Il y a des mesures que nous pouvons perfectionner, et nous sommes à l'écoute des préoccupations de nos employés », conclut-il, espérant un retour au calme au sein de l’entreprise.







